la sinse

En 1908, à l’occasion de l’annuelle Santo Estello félibréenne, dont la très active Escolo de la Targo (voir sur ce blog) avait obtenu la tenue à Toulon, fut inauguré le buste de Sénès dit La Sinse, mort l’année précédente. Sur la photo, on voit le maire Marius Escartefique (ce nom au parfum quelque peu érotique ne s’invente pas !) prononcer son discours. Le son nous manque, mais c’est en bon provençal qu’Escartefigue, Marseillais devenu Toulonnais, salua la mémoire de l’auteur des Scènes de la vie provençale, Toulon, Mihière, 1874, en fait scènes de la vie toulonnaise du siècle précédent. Après avoir tâté du théâtre amateur à la fin de la Monarchie de Juillet (voir sur ce blog son Théatré de Bezagno, sous le pseudonyme d'Aldebert Vernier), Sénès avait commencé à partir du Second Empire à publier dans diverses feuilles locales ses si réussis tableaux de la vie quotidienne du petit peuple des rues populaires de Toulon (voir sur ce blog).

Notons en passant qu’Escartefigue, anarchiste passé au socialisme puis au radicalisme clémenciste, ne dédaignait pas d’utiliser publiquement sa langue maternelle, il le fit en maintes circonstances.

Mais revenons à La Sinse.

Pas plus que Gelu, Sénès n’était homme du peuple. Il avait fait carrière dans l’administration de la Marine, mais il s’inscrivait pleinement dans cette frange de lettrés empreints de culture française, mais très sensibles à la verve et au naturel de la parole populaire, qui avait aussi été celle de leur jeunesse.

Mistral avait déjà salué Sénès lors de la Santo Estello de 1885, à Saint-Raphael, où son œuvre obtint la Cigale d’or pour le prix de prose provençale. Mais, tout félibre qu’il était devenu, non sans hésitations, Sénès, malgré la pression de Mistral, n’avait jamais renoncé à sa graphie « patoisante », convaincu qu’il était qu’adopter une autre graphie le couperait de son public naturel.

Je me souviens du plaisir, je pourrais même dire l’émerveillement, que j’avais ressentis en dénichant chez un bouquiniste toulonnais, au début des années 1970, les deux tomes de Scènes de la vie provençale, de La Sinse, Toulon, Mouton 1926 (dénichant n’est peut-être pas le mot, car il y en avait une bonne pile, signe sans doute de la disparition récente d’un amateur d’histoire locale et de provençal, responsable peut-être de cette édition, et dépositaire sans doute déçu de tous ces invendus, signes d’un désintérêt).

Oui, doublement plaisir et émerveillement.

D’une part, en ce moment de redécouverte de la langue, où je dévorais des textes en graphie occitane et en graphie mistralienne, et où j’avais parfois du mal à y retrouver les diphtongaisons, les accentuations, les élisions de la langue de ma grand-mère, la lecture de la Sinse, comme, sur un tout autre registre, celle de Victor Gelu, me ramenait au concret d’une oralité souvent disparue dans la bouche de ceux qui redécouvraient le provençal, ou l’apprenaient.

D’autre part, comme les gens de ma génération sont en quelque sorte contemporains de plusieurs époques, je retrouvais dans les textes de La Sinse l’atmosphère de la rue ouvrière de ma grand mère, telle qu’elle me la racontait et telle qu’à certains égards je retrouvais encore.

Je reviendrai sur l’œuvre de Sénès à partir des commentaires du célèbre journaliste parisien, mais toulonnais d’origine, Louis Jourdan.

Jean-Baptiste Célestin Sénès :

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