En réorganisant ce blog, cet été, j’ai naturellement replongé dans mes publications concernant l’écriture et la publication en provençal de la fin du XVIIIe siècle à la guerre de 1914.

Une fois de plus m’a sauté aux yeux une évidence qui ne l’est pas pour tous les défenseurs de la langue d’oc, ceux qui se réjouissent, à juste titre, de l’ampleur croissante de la publication multiforme en provençal pendant tout le XIXe siècle, et particulièrement après la naissance du Félibrige, en 1854. Signe d’une vitalité culturelle ? Certes. Mais le phénomène ne saurait cacher l’essentiel, la déperdition d’usage social puis la mort clinique de l’oralité en langue d’oc. Une langue désormais cryogénisée dans l’écriture, en attendant des jours meilleurs ? ou en attendant que l’on débranche l’appareil de survie ?

J’en reviens à l’évidence que je signalais plus haut. La croissance de la publication provençal signifiait bien sûr la croissance d’un public populaire capable de la lire, et non pas seulement, comme auparavant, l’existence d’une couche de petits lettrés à même d’apprécier la saveur de la langue commune. Dire que la publication en provençal n’a cesse de croître au XIXe siècle, c’est dire que la masse populaire occitanophone se dégageait progressivement de l’analphabétisme, et devenait capable de lire une langue qui, pour le plus grand nombre, était jusqu’alors cantonnée dans les registres de l’oralité. On vit alors fleurir des journaux et des revues entièrement en provençal visant un large public populaire. Mais cette alphabétisation de masse se faisait évidemment en français, et faisait basculer l’oralité populaire dans ce français. Quand l’acculturation à la langue française fut totale, par un retournement dialectique inévitable, disparurent les journaux populaires en provençal, et la publication « littéraire » en provençal, foisonnante, redeviendra l’apanage d’un lectorat lettré, clos dans le ghetto associatif.