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Obros et Rimos provenssalos, de Loys de la Bellaudiero, Gentilhomme Prouvenssau. Revioudados per Pierre Paul, Escuyer de Marseillo. Dedicados, as vertuouzes, et Generouzes seignours, Louys d’Aix, & Charles de Cazaulx, viguier, & premier Conssou, Capitanis de duos Galeros, & Gouvernadours de l’antiquo Cioutat de Marseillo.

(Pierre Paul, oncle par alliance de Bellaud, avait recueilli la plus grande partie de la production poétique du neveu, décédé en 1588. En hommage au premier consul indépendantiste marseillais Charles de Cazaulx, il en publie trois volumes en 1595, à Marseille chez Pierre Mascaron, alors que la première imprimerie vient de s’installer à Marseille.

Bellaud évoque ici un voyage qu’il doit faire à Paris, en terren franchiman », loin d’une Provence incandescente de soleil et de cigales…

 « CXLIX

You mouory de regret, pensant à la partensso,

Que fayre siou constrench au terren Franchiman :

Car senty que mous hueils eilla mourran de fan,

Luench de mon beou Souleou qu’esclaro la Prouvensso.

  Et comben que faray uno grando diligensso

Per tournar revezer l’hueil murtrier & human,

D’aquello que my ten esclau souto sa man,

Ay pou que mourray leou privat de son absensso.

Tous plezers Carmentrans n’auran per my valour,

Et non regretaray, ny danssos, ni tambour,

Masquos, ny masquillons, ny tymbous, ny tymballos.

Soulament de ton hueil lou regret mi fara,

Que dedins mon cerveou, mais de brut eou fara,

Qu’au Mez ensafranat, un troupeou de Sigallos. »

Mais si Pierre Paul avait publié, fait unique alors à Marseille, un livre en provençal, c’était un marqueur d’identité soutenant la jeune indépendance de la ville qu’une entreprise de défense et illustration de l’idioma natal.

Las, le gascon hugenot devenu Roi de France converti mettre vite à bas le séparatisme marseillais, ligueur et catholique, et la publication provençale en dignité disparaîtra pour longtemps dans Marseille redevenue française.