occitans-saber

Chaque fois que j’entends des amis occitanistes me parler de « peuple occitan », je pense à cette phrase de Péguy :
« Nous ne connaissons pas naturellement d’idée, d’esprit politique ou social – j’oserais dire religieux – d’esprit historique enfin qui se soit réalisé, qui ait même pu apparaître sans un certain corpus, sans un corps de peuple, sans un appui, sans un soutien, sans une matière, sans un peuple qui fût tout cela, sans un peuple corps, en un mot sans une patrie ».
(Charles Péguy, « À nos amis, à nos abonnés » [1909], Cahiers de la Quinzaine).

Quid alors, mes amis occitanistes, du Peuple occitan, voire de la Patrie occitane…

Je l’ai maintes fois souligné sur ce blog, la langue du peuple n’a jamais été véritablement la langue d’un Peuple, conscient de sa différence et de son unité, porteur d’une revendication nationalitaire.
Le réveil occitaniste d’après 1968 a évidemment buté sur cette énorme difficulté et crut la résoudre par la célèbre formule « Occitans sens o saber », « Occitans sans le savoir » que la nouvelle chanson occitane terminait par un point d’exclamation, et que l’ouvrage de Marie Claire Viguier terminait plus prudemment par un point d’interrogation : Occitans sens o saber ? Vent terral, 1979.
C’était dire que l’espace occitan, espace d’une langue, et pour certains, comme Robert Lafont, espace marqueur d’une colonisation intérieure, était gros d’une naissance sans cesse retardée. Déni de grossesse. Mais certitude que par le militantisme culturel, voire politique, adviendrait la naissance.

Qu’est-il advenu de ces espérances des années 1970 ? Chacun en jugera à l’aune de son expérience.