Cf. :  "L'ouvrier syndiqué" (Marseille) et le provençal

 

Je parlais des francismes de ce texte. Est-ce vraiment important ? Est-ce vraiment significatif d’une invasion du français et d’une négligence lexicale ? Les puristes du temps et d’aujourd’hui le pensent certainement.

Je me souviens d’un colloque Victor Gelu où chacun y allait de la sienne sur la thématique et la biographie du grand Marseillais. Mais nous avions eu droit aussi à une minutieuse recension des francismes que Gelu s’était permis d’utiliser ! Pauvre Gelu…

Mais en ce qui concerne le texte de 1891n je préfère voir là le constat d’un état de langue, langue encore bien vivante, qui a su faire sienne, et parfois depuis longtemps, des mots français.

Ainsi par exemple de la présence du mot « pain » en lieu et place du provençal « pan », pour ne pas parler de l’« artoun (arton) » du vieux parler marseillais.

J’ai toujours entendu les vieux dire indifféremment « pan » et « pain », et plutôt « pain ».

Autre exemple amusant de francisme dans la chanson que chantait ma grand-mère, en faisant sauter mon fils sur ses genoux, chanson qui n’est grossière que dans sa traduction française :

« Dansa dansa jusqu'à « demain »

per qué la merda s’ensaca

Dansa dansa jusqu'à « demain »

per qué la merda s’ensaca ben !

Dansa petas que la merda s’ensaca

Dansa petas que s’ensacarà ! ».

(graphie classique, dont ma grand-mère ignorait tout).

« Demain » est clairement appelé ici allègrement par la rime, mais, tout francisme qu’il soit, il n’en déparait pas moins la comptine…