sartan

Cf. :  "L'ouvrier syndiqué" (Marseille) et le provençal


On a pu voir dans l'article cirté ci-dessus quelle place, des plus modestes, peut tenir le provençal dans le bulletin de l'Union des chambres syndicales des Bouches-du-Rhone et de la toute jeune Bourse du travail de Marseille, avec la publication en mai 1891 d'un poème sur la grève des mineurs.
Or même année est l’année de la création (mai 1891) d’une véritable publication populaire en provençal, La Sartan, journaou populari su lou fué cade dissato. Son créateur et directeur, Pascal Cros [1859], y écrit sous le pseudonyme de Rimo-Saouço). D’origine très populaire, il a exercé longtemps le métier de rebateur de pierres de moulin, mais il a aussi tâté à l’occasion d’emplois administratifs bien provisoires. À partir de 1891, il se consacre entièrement à son journal, dont il arrive à vivre, preuve s’il en était de l’existence d’un véritable public occitanophone dans la génération d’adultes en pleine force nés dans les années 50 (comme Cros et le député socialiste de Marseille Clovis Hugues qui collaborera à La Sartan), et, évidemment, dans les générations antérieures. La Sartan se veut avant tout marseillaise, utilise prioritairement le provençal de Marseille, et n’adopte que très partiellement la graphie félibréenne.

Sur Pascal Cros et la Sartan, on consultera ce qu’en écrit Claude Barsotti sur le site des Amis de Mesclum, http://amesclum.net/Biblio/Memoire%20Pays.html
ainsi l’ouvrage de Georges Bonifassi, La presse régionale de Provence en langue d’oc des origines à 1914, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2003.

Le 15 novembre, nous voyons fugitivement l’occitan apparaître dans la compte-rendu du banquet de la Bourse du Travail :

discours

« Discours du citoyen Pascal CROS (Rimo-Saouço)

Bravei gent,
M’avès fa fouesso d’ounour en counvidant la 
Sartan à vouesto flamo taoulejado e vous n’en gramaciou fouesso.
Voudrieou pousqué vous faire uno loungo charradisso, mai m’an pas ben coupa lou fielé e sieou pas fouart pèr parla davan daou publi.
Soulamen, teni à vous dire que darrié lei galejaire de la 
Sartan, l’a de travaiadou coumo vaoutrei touti e que tamben soun soucialisto.
Adoun, aoussi mon gooubelet à la prousperita d’aquelo bello obro qu’es la Bourso daou Travai e bùvi à la Republico dei paoure, à la Republico Socialo !
 »

La Sartan se voulait journal d’information apolitique et de plaisantes rimes provençales, mais cette brève intervention montre bien les engagements socialisants ou socialistes de bien des troubaïres marseillais et la sympathie que ressentent à leur égard les militants syndicalistes de la Bourse du Travail.
Pour autant, leur journal ne sera en rien un lieu d’accueil pour l’écrit provençal, fût-il politique.
Par contre, nous lisons ce bref encart dans le numéro du 1er décembre :

armana

La Soucialo (voir ce beau texte sur ce blog), que mentionne le journal, est un poème du journaliste socialiste Clovis Hugues, député de Marseille dès 1881 (et plus tard de Paris). 

On lira également un autre beau texte social publié dans ce même Armana :
Libertat, chanson, 1892

Bref, du côté de la publication syndicaliste, la claire distinction des langues n’entraîne pas une guerre des langues. Le provençal de Marseille est à sa place dans la Sartan, et le français a toute sa place, et pratiquement rien que sa place, dans l’Ouvrier syndiqué. Mais les deux vont de pair.