L’été 1850 est à Collobrières, grosse bourgade des Maures, un moment de grande tension politique et sociale. J'extrais ces quelques lignes de l'étude que j'avais faite de Collobrières sous la Seconde République :

« D’une part, les contacts avec les bouchonniers de la Garde-Freinet se multiplient. En effet, en août 1850, à l’initiative du pharmacien Pons, un ami de Cyrus Hugues, les ouvriers bouchonniers de la Garde-Freinet créent une société industrielle, l’association des ouvriers bouchonniers. Nous appellerions cela une coopérative ouvrière. On imagine la réaction des maîtres bouchonniers devant cette émancipation des salariés et cette concurrence. L’exemple est en cours d’imitation à Collobrières. Le sous-préfet de Toulon écrit alors : « les ouvriers bouchonniers de Collobrières sont en relation démagogique avec ceux de la Garde-Freinet ».
Dans le même temps, le conflit s’exaspère entre grands propriétaires de forêts privées et usagers de cette forêt : coupe de bois, collecte de liège, pâture, ramassage, etc. Dans ce même été 1850, des notables propriétaires sont accusés par les petits paysans et bouchonniers indépendants non seulement de refuser l’accès de leurs forêts, mais de s’approprier indûment des terres communales. On peut lire à ce sujet de nombreux échos dans la presse départementale. 
Le 10 août 1850,  Le Démocrate du Var polémique avec la presse réactionnaire de Toulon. Il relate comment à Collobrières le sous-préfet, accompagné de deux gendarmes, a dispersé " 30 clubistes " réunis " en plein vent ". Ce sont évidemment les hommes du « noyau rouge ». La presse conservatrice de Toulon avait fait, avec horreur, état de chansons anarchistes et communistes chantées par les protestataires de Collobrières. Voici ce que répond le journal démocratique : « Que le Toulonnais, que la Sentinelle surtout [ il s’agit des deux journaux réactionnaires ] considèrent comme le  comble de l’anarchie des chants en faveur des propriétés communales et dirigés seulement contre ceux qui auraient cru pouvoir s’enrichir en prenant le bien des autres, nous le comprenons sans peine. Mais ce qui est moins concevable, c’est que M. de Chambrun [le sous-préfet] ait estimé la chose au même point de vue que les feuilles de tolérance. Il est vrai que M. de Chambrun est nouveau dans le département, il ne comprend pas le provençal. Il aurait pris pour un appel aux armes et un cri de propagande anarchiste et communiste ces deux vers adressés aux honnêtes modérés qui ont la main trop large, non pour donner, mais pour prendre : « Nous appeloun comunistos / Elleis qu’an tout partegear ». ("Ils nous appellent communistes, eux qui se sont tout approprié (partagé)" - graphie de l'époque. le "ea" final note la typique diphtongaison en usage dans cette partie du Var. Le "r" final, qui n'a rien à faire ici, dénote à la fois la mauvaise connaissance du français et le désir de l'imiterAinsi se rejoignent les deux types de protestation, la traditionnelle protestation populaire au sujet de l’usage des forêts, et la nouvelle conscientisation ouvrière, qui voit dans la République sociale le moyen d’échapper à la domination patronale. »

Très éclairant exemple de la situation diglossique du provençal, à une époque où tout le monde le parle encore, mais où la vie politique s'écrit en français : dans leur cercle "rouge", les travailleurs de Collobrières se font lire à haute voix le journal démocratique varois, et s'acculturent ainsi au français, mais leur réaction spontanée par la chanson est l'invective en provençal.

Les lecteurs qui auraient la curiosité de lire mon travail sur Collobrières se reporteront à :
L_insurrection_de_1851_vue_de_Collobri_res_