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L’Action française du 12 mai 1942 célèbre Jeanne d’Arc, on le voit, et rend compte du voyage de Maurras dans le Sud-Ouest.
Voici comment le journal relate le propos de Maurras à Bergerac :

 

Bergerac

 

« A peine le rideau s’est-il levé qu’une longue ovation salue M. Charles Maurras et M. de Saint-Aulaire, ambassadeur de Franee, qui préside la soirée.
Avec cet esprit, cette distinction de langage et de pensée qu’on lui connaît, M. de Saint-Aulaire, vivement applaudi à maintes reprises, dit sa joie de se trouver près de Maurras, en qui il salue « le Connétable de la vérité politique ».
Initiateur des doctrines les plus propres à maintenir ou à rétablir l’unité nationale, champion de nos libertés locales, Maurras est aussi, et à la fois, le héraut et le héros : celui qui annonce et celui qui accomplit ce qu’il annonce. Depuis 50 ans, il se mesure héroïquement avec l’hostilité des hommes et l’inertie des choses, il a prévu nos maux, en a dénoncé les causes, donc indiqué les remèdes. Si on l’avait suivi, ces maux nous eussent été épargnés ; si on le suit maintenant, ils pourront être réparés.
M. de Saint-Aulaire présente ensuite à Charles Maurras un auditoire particulièrement apte à la comprendre et à le suivre. Les fils du Périgord n’ont pas déposé l’héritage spirituel qu’ils tiennent de leurs ancêtre dont le courge s’exalta devant l’invasion étrangère [celle des Anglais, bien sûr, rappel qui n’est pas inutile en 1942 quand la France de Pétain stigmatise la Grande Bretagne] et qui livrèrent et gagnèrent la dernière bataille de la guerre de Cent ans.
Ils sont prêts à écouter, avec ferveur, la parole féconde et généreuse du Maître, « qui pénètre dans les profondeurs de l’âme nationale comme dans une promesse de résurrection ».

C’est, en effet, à un auditoire profondément ému et recueilli que Maurras va parler de Mistral et de la Rénovation nationale :

« Si le Chef de l’État, le 8 septembre 1940, évoquait en Mistral « le guide et le maître, l’animateur et l’inspirateur de notre renaissance française », c’est parce que Mistral a élevé jusqu’à la poésie la plus haute et la plus pure, ces vertus traditionnelles des Français, sur lesquelles le Maréchal veut appuyer l’État nouveau, et que résument les mots : Travail, Famille, Patrie.
L’œuvre de Mistral (Mireille, Calendal, les Iles d’or, etc.) magnifie le travail : travail des champs, de la pierre, de la mer ; travail idéalisé par l’amour dans Calendal, où le héros ne mérite et n’obtient la main et le cœur d’Esterelle que parce qu’il s’est montré « habile aux œuvres de la main et de l’esprit ». Le travail est souvent pénible, même dur ; mais il est, pour Mistral une « fonction » dont il s’est lui-même acquitté avec une haute conscience, et le travail fait « l’âme de la vie ».

Le soleil, amis, engendre

Le travail et ses chansons,

Et l’amour de la patrie

Et ses douces nostalgies.

Et Mistral avait compris que rien de solide ni de durable ne peut naître de la lutte des classes ou de la rivalité des métiers (Calendal).
Les humbles et les hautes vertus domestiques rayonnent chez Mistral et il est particulièrement utile de constater aujourd’hui que la famille y est le lien naturel entre des générations solidaires et qu’elle repose sur la hiérarchie du foyer. Que Mistral fasse parler son père, « le Maître », le père de Vincent, de Mireille, de Calendal, les Vieillards ont une grandeur antique, biblique : c’est qu’ils incarnent le dépôt, la garde, la transmission des grands héritages de l’homme : l’expérience du bien et des maux, le résidu de la sagesse, le trésor capitalisé des idée et des mœurs.
Le fondement de la famille, c’est l’amour, et l’amour est un « anarchiste ». Mistral l’a chanté en des vers flexibles et harmonieux, mais l’amour libéré des freins de la sagesse et de la raison, l’amour hors du mariage, on le chercherait en vain dans son œuvre : il n’y est conçu qu’appuyé sur les lois tutélaires qui le contraignent, mais qui le font vivre et durer.
La Patrie, pour Mistral, ce n’est pas seulement la Terre mère : c’est la longue lignée des ancêtres qui lui ont donné son visage et son âme, c’est une « mémoire », et le patriotisme, c’est le culte des aïeux et du passé :
« Ame de mon pays, toi qui rayonne, manifeste, et dans sa langue et dans son histoire, toi qui nous donnes l’espérance, toi qui dans la jeunesse, plus chaud et plus beau malgré la mort et le fossoyeur fais reverdir le sang des pères… âme éternellement renaissante… incarne-toi dans mes vers provençaux ».
La patrie commence au « pays », c’est le village, le clocher, la cité, la province, avec les traditions, les coutumes, les « parlers antiques par lesquels se transmettaient le génie, l’indépendance et le naturel de la race ». Cet amour de la petite patrie n’affaiblit pas le grand patriotisme : il le nourrit.
« Si nous voulons relever notre patrie », s’écriait Mistral en 1875, « relevons ce qui fait germer les patriotes : les souvenirs nationaux, la langue du pays, et, cité par cité, province par province, rivalisons d’ardeur et de travail pour exalter diversement le nom de France ».
A ces grandes, à ces opportunes leçons, Maurras en ajoute une autre, qu’il reçut de Mistral en personne, à savoir que l’homme n’est pas fait pour subir les choses, mais pour travailler à créer de bonnes choses, pour résister aux mauvaises.

Sous l’égide du grand vieillard lucide et sage qui nous gouverne, travaillons donc à notre renaissance qui dépend, avant tout, de nos propres efforts ».

Les applaudissements frénétiques qui montèrent cers Charles Maurras, comme un tribut de reconnaissance et d’admiration, lui prouvèrent que ses auditeurs avaient compris.
Le cercle La Tour du Pin doit être, une fois de plus, remercié de contribuer, de façon si brillante, à l’œuvre de la Rénovation nationale. »