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En 1806, dans le désert de la publication en provençal en ce début d’Empire, (voir ma thèse), l’imprimeur aixois Pontier publiait ses Contes en vers prouvençaux, imprimas per la premiero fes en avous 1806, sur des thèmes qui avaient grandement circulé à la fin du XVIIIe siècle, dans l’oralité provençale. Pontier ne donnait pas le nom de l’auteur : L’abbé Jean-Gabriel Vigne, religieux minime. Il ajoutait quelques précisions graphiques :

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On trouve parmi ces « contes » la traditionnelle plaisanterie du râteau, ridiculisant celui qui affecte de parler français, mais auquel le provençal revient en pleine gueule, comme le râteau sur lequel il avait marché… Je donne cet extrait pour deux raisons ; la première est évidente : l’usage du provençal est encore général, mais le français pénètre en signe de promotion sociale ; la seconde raison est tout à fait contemporaine : aujourd’hui, occitanistes et provençalistes, immergés dans un océan de français, se risquent encore quelquefois, dans la conversation ordinaire (et non pas dans le ghetto de leurs échanges), à placer un mot de provençal… Les temps ont bien changé !

Capture d’écran 2017-05-13 à 20

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Un mot encore sur l’abbé Vigne, à destination de ceux qui s’évertuent à nous présenter une Provence idyllique d’antan, où tous les bons Provençaux se retrouvaient dans la délectation de la langue.
Le très conservateur et très provençaliste abbé Vigne fut pendu à Aix le 27 août 1792, et sans jugement, par des sans-culottes dont la langue naturelle était le provençal et qui chantaient : « N’en pèndrén maï d’aristocrates » (graphie des archives).