Le 24 octobre 2015, dans la bonne cité d’Arles, quelques milliers de provençalistes bon teint ont manifesté pour la Provence, pour sa langue et pour son économie (en fait la riziculture camargaise), menacées, comme nul ne l’ignore, par le gros méchant jacobinisme parisien, (et accessoirement par l'occitanisme d'outre Rhône !).
Disons bien « Provence », et non « région PACA ». La Provence constitue une grande partie de la région PACA, mais ne coïncide pas totalement avec elle.

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Rien ne manquait à la représentation emblématique du petit « couloir sacré » rhodanien et mistralien (de la Camargue au Sud d’Avignon (gardians, costumes traditionnels, galoubets et tambourins, sous une mer de drapeaux sang et or). J’ai dit mon mot en son temps sur l’événement :
Cf. : http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/11/23/32889207.html
http://archivoc.canalblog.com/archives/2015/11/26/32981510.html
On a parlé de mascarade. D’une certaine façon, je reprends le mot. Mais attention, le dictionnaire donne plusieurs sens pour « mascarade ». Si je me permets d’écrire « mascarade », ce n’est pas au sens de « comédie hypocrite, mise en scène trompeuse », car d’une part je crois tout à fait sincères la plupart des manifestants, et, d’autre part, j’ai grand plaisir à parler et à écrire cette langue provençale qu’ils défendent.
Je n’emploie pas non plus le mot au sens de « Déguisement étrange, accoutrement ridicule », car j’ai toujours dit, contrairement au Canard enchaîné ou à Charlie Hebdo, que je respectais les choix vestimentaires et musicaux des groupes folkloriques.
Cf. : « À propos de danses folkloriques et du FN »
http://archivoc.canalblog.com/archives/2014/11/30/30952127.html
Ce serait plutôt le sens neutre de « Réunion ou défilé de personnes déguisées et masquées » qui me paraîtrait convenir. Car les signes identitaires, pour la plupart d’un autre temps, arborés par les manifestants, jouaient exactement le rôle des masques dans le théâtre antique. Ils habillaient ces provençalistes en témoins et garants d’une unité patriotique provençale hors temps transcendant tout clivage, et en particulier tout clivage politique. Les organisateurs se proclamaient apolitiques, mais la présence massive de politiques de tous bords (ou presque) venait sceller cette unité factice, et quelque peu haineuse.
En ce 24 octobre 2015 en effet, les élections régionales du 6 décembre approchant, les politiques se pressaient derrière drapeaux et banderoles provençalistes. S’étaient abstenus les communistes (hormis quelques élus pris dans une logique localiste,  notamment à Arles) et les écologistes. Mais étaient ardemment présents les candidats aux régionales des Républicains (Mr.Estrosi), du Parti socialiste (Mr.Castaner), et du Front National (Mme Maréchal Le Pen). Je ne les créditerais pas vraiment de la sincérité que j’imaginais animer la plupart des manifestants. Je croirais volontiers, au contraire, qu’ils se souciaient comme d’une guigne de la langue et de la culture dite provençale. D’ailleurs, combien d’entre eux, et je ne parle pas seulement des parachutés de fraîche date, seraient capables de tenir une conversation en provençal, ou même d'en dire trois mots ? Mais la perspective de grappiller quelques suffrages identitaires, toujours bons à prendre, les avait sans doute aventurés dans cette galère, même si l’intitulé de leurs listes n’inclinaient pas vers l’apologie de la provençalité : passe pour le socialiste Castaner, avec son « Notre Région, notre Fierté », mais que dire du défaussement du LR Estrosi, « Ça va changer », ou de l’héliotropique « La France plein Sud » de Mme Maréchal Le Pen, téléportée des Yvelines en Vaucluse en 2012…
Ainsi va la politique...