Je reviens sur la question que me posait récemment un journaliste occitaniste :
http://archivoc.canalblog.com/archives/2016/01/27/33276370.html

« Coma vesètz l'evolucion de l'occitanisme de vòstra region e d'Occitània en general despuèi que l'observatz? »

Que dire ? Sinon que, pour les profanes, il faudrait d’abord faire une effort de vocabulaire.

De quoi parle-t-on si l’on parle d’ « Occitanie » et d’ « occitanisme » ?

« Occitanie » : Une définition de base rassembleuse, celle d’un espace qui fut celui d’une langue, grande langue de culture, puis langue abandonnée au peuple, langue qu’au XIXe siècle les Félibres provençaux voulurent illustrer et sauver par la littérature…

Mais cette définition basique nourrit depuis l’enchevêtrement des pratiques, des convictions, des idéologies que l’on résume de façon réductrice  en : « occitanisme », terme qui masque en fait la grande diversité de ces engagements.

En ce qui me concerne, je suis venu à l’ « occitanisme » au lendemain de 1968, par la lecture de Robert Lafont, par les chansons de Marti et les poèmes enflammés d’Ives Roqueta, par les premières universités d’été de l’Institut d’Études Occitanes (IEO).

Mon occitanisme ne rejoignait pas exactement celui de ces grands initiateurs. J’étais alors militant actif du PCF, et je proposais à mes camarades, initialement plutôt indifférents ou dubitatifs, un occitanisme qui était celui du respect du peuple qui avait parlé et parlait encore cette langue. Je ne me partageais aucune perspective autonomiste ou nationaliste occitane, mais je me retrouvais dans les batailles unissant la défense de la langue et de la culture d’Oc, et la protestation contre la désindustrialisation du pays, la mise  à mort de l’agriculture traditionnelle et la transformation du « Sud » en bronze cul de l’Europe. Ce fut rapidement la position de la fédération communiste de l’Hérault. D’autres suivirent.

Mais cette position rencontra la vive opposition d’un autre courant occitaniste, animé par le militant communiste montalbanais Féix Castan, pour lequel la défense de la culture d’Oc ne gagnait rien à se fourvoyer dans des revendications économiques, politiques et sociales : elle devait être uniquement culturelle, et essentiellement littéraire, dans une entreprise décentralisatrice.

Tout ceci me paraît bien loin. J’ai vu glisser les engagements occitanistes abandonner leurs terrains premiers, et glisser de la lutte revendicative politico-socio-économique vers le supplément d’âme de la chanson traditionnelle, du folk occitan, et même du « balèti » qui fit florès un temps. Ainsi,

alors que le mot « occitan » gagnait du terrain, et parfois était mis à toutes les sauces, la revendication occitaniste s’étiolait et s’enfermait dans un ghetto de nostalgiques.

Pour autant, cette revendication n’était pas morte : elle s’inscrivait désormais dans un grand espoir pédagogique : sauver la langue en grande perdition d’usage par sa réintroduction dans l’enseignement public, et son apprentissage par des enfants qui ne parlent que français et anglais ! Réalisme ou utopie ? Je penche plutôt pour le second terme, en mesurant combien, en dehors de ces quelques cours parcimonieusement dispensés, le support social de la langue a été laminé.

Mais peut-être suis-je trop pessimiste. C’est en tout cas ce que me disent les derniers des Mohicans qui se retrouvent une fois par an… pour la dictée occitane !