Lundi 13 février 2012

 

 Je reviens à nouveau sur les deux textes de Félix Castan récemment publiés sur ce blog :

Deux textes qui interrogeaient, et qui continuent à interroger, sur la nature de la culture d'Oc, sa place dans la culture nationale, son avenir éventuel... Ces interrogations ont constamment accompagné mon itinéraire occitaniste, et on peut lire dans quelques articles de ce blog les réactions, que, directement ou indirectement, elles ont pu y susciter.

Les deux principales vertus de l'intervention de Castan ont été, me semble-t-il, de refuser la tentation nationalitaire, et de théoriser le refus du centralisme. Je reviendrai sur la seconde. Un mot sur la première : le "peuple d'oc", cher à bien des félibres et à bien des occitanistes, ne se reconnaît en rien dans une patrie fantôme, il ne rêve pas d'une patrie perdue ; tout "patoisant" ou "occitanophone" qu'il soit ou qu'il ait pu être, son horizon fut, et demeure, pour le meilleur et parfois pour le pire (les guerres coloniales, hélas), celui de la République française.

Castan pointa donc précocement l'inanité d'un repliement nationalitaire, voire nationaliste, de l'engagement culturel occitan, et il s'y tint, dans les années 1960 et suivantes, quand le mouvement occitan, dans sa majorité, s'engouffrait derrière les tenants du "colonialisme intérieur" : une Occitanie vidée de sa substance économique et humaine par la domination d'un capitalisme "nordiste", avec l'aval du pouvoir central. Mais, (alors que Castan ne concevait l'Occitanie que comme le lieu d'une création culturelle dans une langue qui n'avait pour lui alors rien de relique, mais qui, et c'est là où le bat blesse, n'a plus aujourd'hui de socle sociologique), c'était, pour ces militants, dire que cette Occitanie toute agressée et violentée qu'elle était, existait bel et bien comme réalité charnelle, humaine, spatiale, qu'elle avait été indépendante, qu'elle était la patrie perdue et retrouvée. D'où le recours permanent à l'Histoire chez ceux qui rangèrent, un peu vite, les idées de Castan au rayon des déviations stériles : Castan, hexagonal et communiste, était selon eux incapable de saisir la vraie réalité de l'occitanité : la réalité nationalitaire. Je reviendrai avec quelques exemples sur cette notion de "Patrie perdue, et retrouvée".