En 1889, le très jeune Charles Maurras (il était né en 1868) écrivait sur Théodore Aubanel, décédé en 1886, un article remarquable dans la Revue indépendante, n° 33, 34, 35, juillet-septembre 1889. En voici un extrait qui donnera sans doute envie de lire tout le texte. Cf. :

http://maurras.net/textes/41.html

« En 1852, dès la publication des premières poésies provençales, les noms de Roumanille, d'Aubanel et de Mistral s'étaient détachés en pleine clarté. C'étaient trois jeunes âmes très différentes : Mistral, imagination méditerranéenne, sereine, vaste, bleue, qui épanchait les vers comme des nappes d'eau en cataractes régulières, dans la monorythmie des strophes également belles, — Roumanille étonnant de simplicité, de candeur matoise et de bonhomie, rieur comme un bois d'oliviers, plaintif comme un baiser du vent aux oseraies, représentant la Provence d'aujourd'hui, d'autant que Mistral représente plutôt la Provence d'il y a des siècles et qu'Aubanel ne représente rien d'autre que lui-même, — une sensibilité très personnelle et très moderne.

Coloré autant que Mistral, mais plus vif, et d'un faire plus sobre et aussi plus sec, ayant la rusticité de Roumanille avec la brutalité en plus et la galéjade en moins, Aubanel à vingt-trois ans attaquait des thèmes effarants pour ses deux amis qui n'étaient pourtant pas des timides ; mais c'était lui le vrai mistral, le vent terral qui fond sur les troupeaux de bœufs. On n'a pas assez dit que son principal maître avait été Victor Gelu, un noir et rugueux sonneur de Chansons marseillaises qui sont d'impurs chefs-d'œuvre. »