En Juin 1792, à l’initiative de jacobins marseillais est publiée à Marseille une feuille périodique, Manuel du Laboureur et de l’Artisan, et Gazette sentinelle, Par un Ami de la Constitution de Marseille, que Jacques Guilhaumou a repérée à la BM de Marseille et m’a communiquée.
Le journal accompagnait les tournées de propagande que ces Jacobins, derrière Isoard, accomplissaient dans la vallée de la Durance bas-alpine.
On y trouve des textes d’argumentation et des chansons, notamment  le fameux Chant de guerre pour l’Armée du Rhin, qui deviendra bientôt la Marseillaise !
Initialement toute française, la gazette s’ouvre au provençal (chanson, fables) dans un souci de communication efficace avec le peuple provençalophone (Cf. sur ce blog « Le texte occitan de la période révolutionnaire – 1792).
Ainsi, on peut lire dans le n°7, du 18 juillet 1792, ces Vers composés pour être inscrits sur l’Arbre de la Liberté, planté par la Section de Saint Laurent (quartier des pêcheurs de Saint Jean – la Tourette) :

Aubré charmant, dount la verduro / Triompho deis rudés hyvers, / De nouestro liberta, tu seras la figuro, / Sauren la counserva, maugra tout l’univers. // Ta visto animara toujours nouestré couragi, / Deis perfidés complots défendra la Cita ; / Touteis leis soirs dessouto toun oumbragi, / Vendren canta la liberta.

Ce texte est suivi d’une Chanson patriotique, Sur l’Air : Mon système est d’aimer le bon vin :

Braveis Citoyens, l’égalita
Per toujour sera noustré partagi :
Mai l’unien fa nouestro sûreta,
Nous assuro la liberta
Laduren, ren qu’à nouestré couragi,
La sauren garda jusqu’à la mouer.
Pin sacra [l’arbre de la Liberté, voir ci-dessus], dessouto toun oumbragi
Va juran d’oou found de nouestré couer !
Braveis Citoyens, &c. /

De tyrans avuglas per la ragi
An bello menaça lei Francés,
Pourran ben, au mitan doou carnagi,
Distingua leis braveis Marseillés.
Braveis Citoyens, &c.

Nous menaçout doou rei dei marmottos !/ [le roi du Piémont-Sardaigne, donc des Alpes de Savoie et de Nice… et des marmottes]
Que vengué émé sei pesans soldats ;
Pu loougier, lei braveis Sans-Culottos,
En dansan, voularan ei combats.
Braveis Citoyens, &c. /
De l’union tout m’oouffre eici l’imagi ;
Marseillés siguen toujous unis ;
Sian toutei sourtis de l’esclavagi :
Sian égaous, siguen touteis unis.
Braveis Citoyens, &c

Couplets additionnels, par une autre Patriote.
Troou lon tem lei plus injustos guerro
An destrui les [sic] poplés, lei soldats :
Leva-vous, habitans de la terro ;
Et lei traïté seran leou couchas.
Bravei Citoyens, &c

Diou puissant, mestré de la naturo,
Qu’un beou jour leis poples tous amis,
De sei couer en t’oouffren l’unien puro,
A jamai charmessount tei soucis.
Alors, ooublidant ta magesta,
Descendriés su d’un trôné de glori,
Diou puissant, daignariés présida
Leis amis de la liberta.