vallées vaudoises

Les Saints Évangiles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon Saint Luc et Saint Jean, traduits en langue vaudoise. Par Pierre Bert, ancien modérateur des églises vaudoises, et pasteur de La Tour. A Londres, de l’imprimerie de Moyes, Took’s court, Chancery Lane. M.DCCC.XXX
Li Sént Evangilé de Notre Seigneur Gésu-Christ, counfourma Sént Luc et Sént Giann, rendù en lengua valdèsa, par Pierre Bert, ancien modérateur des églises vaudoises et pasteur de La Tour. A Londres, de l’imprimerie de Moyes, Took’s court, Chancery Lane. M.DCCC.XXX
L'ouvrage a été tiré à 1000 exemplaires. Il existe une édition à l’identique datée de 1832, tirée à 3020 exemplaires.
L’impression londonienne signe l’activité de la Société biblique britannique et étrangère, et de la London Missionary Society, qui diffusa alors des textes bibliques et évangéliques dans de nombreuses langues, par exemple en tahitien.
J’avais en 1989 donné de longs extraits de ce texte dans la brochure La Montagne et l’idiome natal (cf. sur ce blog).
À l’original, le texte est donné en deux colonnes, le français dans celle de gauche.
En voici le début :

Le Saint Évangile selon Saint Luc. Chapitre I
Lou Sént Evangilé counfourma Sént Luc. Capitou I

1 - Parce que plusieurs se sont appliqués à mettre par ordre un récit des choses qui ont été pleinement certifiées entre nous ;
Perqué que diversi se soun se soun appliquà à buttâ per ourdiné una storia de le cosé que soun istà piénament certifiâ entra noû.

2 - Comme nous les ont donné à connaître ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la parole ;
Com noû le han dounà à counouïssé quili que le han visté lour istéss dar principi, et que soun istà li menistré de la parola ;

3 - Il m’a aussi semblé bon, après avoir examiné exactement toutes choses depuis le commencement jusqu’à la fin, très-excellent Théophile, de t’en écrire par ordre ;
L’a m’ha decò semillà à propos, apreu avé asaminà ésattament ogni cosa doupeuï lou coumensament fin à la fin, très-excellent Théophilé, de scrive-te-né per ourdiné ;

4 - Afin que tu connoisses la certitude des choses dont tu as été informé.
Per que tu sapié la verità de le cosé que tu ne sié està infourmà.

À une époque où les parlers des vallées vaudoises d’Italie n’étaient pratiquement pas écrits, et encore moins publiés, ce texte et d’autres textes de Pierre Bert (catéchisme) ont souvent été proposés en illustration du dialecte occitan vaudois. Cf. par exemple Biondelli, Saggio sui dialetti gallo-italici, 1853.

Voici ce que m’écrivait (15 juin 1989) à ce propos l’éminent historien et linguiste vaudois, Osvaldo Coisson, de la Tour (Torre Pellice) :
« L’impression de cette traduction est due à l’initiative du grand bienfaiteur des Vaudois, le général Charles Beckwith (dont nous rappelons cette année le 2me centenaire de sa naissance) [1789-1862. Gravement mutilé à Waterloo, ce militaire britannique se consacra ensuite à la promotion de l’éducation des habitants des vallées vaudoises de Piémont] avec l’idée de faciliter la connaissance de l’Évangile aux Vaudois moins cultivés qui ne parlaient que leur patois occitan, mais, selon son biographe (J.P. Meille) cela a été un insuccès. Les cultes à l’église se tenaient en français, aux écoles les enfants apprenaient à lire en italien et en français, et avaient de grosses difficultés à lire le patois. En plus, le brave Bert, pour tâcher de faire un texte qui fut accessible à tous les habitants de la vallée, a tâché de mélanger les diverses variantes qui existent entre une commune et l’autre de la Vallée du Pélis (Torre Pellice, par exemple, a un patois qui se ressent de l’influence du piémontais, beaucoup plus que Bobbio Pellice ou Angrogne qui sont plus reculés vis à vis de la plaine piémontaise) ce qui fait que sa traduction ne correspondait plus à aucun des patois parlés dans la vallée, et encore moins à ceux de la Val Germanasca, qui sont assez différents. »