foucaud

La langue d’oc a toujours eu des « amis qui lui veulent du bien », à condition qu’elle ne soit plus que souvenir. Exemple particulièrement significatif, on peut lire dans la préface de la réédition [1849] du fabuliste limousin Jean-Baptiste Foucaud [1747-1818], ancien ecclésiastique devenu enseignant après son engagement révolutionnaire :

 « Les fables de M. Foucaud ont eu deux éditions aujourd’hui complètement épuisées : celle de 1809 était en deux volumes in-12 ; celle de 1835 en un seul volume. Selon nous, c’est rendre un véritable service à la science philologique que de les publier à nouveau. En effet, grâce à l’instruction primaire et à ses progrès incessants, la langue française, la langue nationale aura fait disparaître avant peu de temps tous ces idiômes [orthographe du texte] particuliers qui, d’une province à l’autre, entretenaient les souvenirs et les distinctions de races. Chaque pas, chaque jour nous rapproche de l’unité en toutes choses. Mais c’est justement à cause de cette espérance prochaine de fusion, dont l’accomplissement définitif mettra en oublie toutes les différences de langage, qu’il est bon et utile de soigner par l’étude, et de placer dans les bibliothèques les monuments grands ou petits qui se rapportent directement à la primitive individualité des populations dans leur ensemble ou dans leurs parties. Or, rien n’est plus sacré, plus respectable que l’entité même du langage : c’est là que se trouvent les plus précieuses traditions, les meilleurs antiquités et les souvenirs de naissance et de formation de chaque agrégation d’hommes ou de peuples.
Ainsi, portons à notre vieil idiôme [id.] limousin et même à notre patois [l’auteur entend par là le limousin francisé de Limoges] un respect raisonné : mais faisons nos efforts pour n’avoir plus besoin de le parler, et surtout pour qu’on ne le parle pas autour de nous. Que ce soit une lettre morte, enfermée dans nos bibliothèques, et ouverte seulement aux investigations des philologues et des antiquaires. »