Tout provençal, et a fortiori tout provençaliste, connaît la Coupo santo, dont j’ai essayé sur ce blog d’évoquer la genèse en évoquant les relations de Mistral et des premiers félibres avec Balaguer et ses amis catalanistes. En ce qui me concerne, je la connais depuis ma première enfance scolaire (il y a bien longtemps, je suis né en 1936), et elle a certainement fait partie du premier apport extérieur, et d’une certaine façon officiel, au provençal qu’il m’arrivait d’entendre dans la bouche de mes grands parents et de leurs amis.
Je m’étais quelque peu gendarmé sur ce blog de voir présenter, par un provençaliste quelque peu fâché avec la chronologie, ce chant national célébrant la rencontre provençalo-catalane de 1867, comme celui des insurgés républicains provençaux de 1851.
Récemment, j’ai eu le plaisir de recevoir à propos de ce billet un commentaire  d’André Pierre Fulconis. Une amicale et enrichissante correspondance en a suivi. J’en extrais en note ces quelques lignes qui me paraissent remarquablement exprimer ce que nous pouvons ressentir en écoutant, en chantant ces couplets, que quelques esprits étriqués voudraient transformer en couplets de fermeture aux Autres [1].

coupo

André Pierre Fulconis est l’arrière petit-fils de Louis Guillaume Fulconis, le sculpteur qui a signé la Coupo Santo, cette coupe qui, comme l’écrit Frédéric Mistral :
« Es uno conco de formo antico, supourtado pèr un paumié. I’a contro lou paumié, drecho e se regardant, dos gènti figurino que represènton coume sorre la Catalougno e la Prouvènço ».
André Pierre Fulconis a consacré à cet aïeul un ouvrage de reconnaissance filiale, qui est en même temps une riche page d’histoire : André Fulconis, Louis Guillaume Fulconis (1818-1873), statuaire, une vie d'amitié (Provence, Algérie, Normandie, Paris).
Je vous recommande son site, où vous trouverez une foule de renseignements concernant la vie et l’œuvre du sculpteur Fulconis, ainsi que nombre de recensions de l’ouvrage de son arrière petit-fils. Les provençalophones liront avec plaisir un entretien en provençal de l’auteur avec la Majorale du Félibrige Pierette Bérengier, dans le magazine Prouvenço d’aro. www.fulconis.com

 

fulconis

 

[1] « Je partage entièrement votre avis sur l'inadéquation de la Coupo Santo et l'exemplaire insurrection républicaine et paysanne de 1851. Non pas pour des raisons politiques, mais mes raisons personnelles sont les suivantes: je connais mon arrière grand père, catholique et franc-maçon au début de sa courte vie, ayant gardé jusqu'à la fin des ses jours, comme le prouvent sa vie, ses œuvres, ses amitiés et ses fidélités, le meilleur des deux traditions, et le symbolisme qu'il a voulu mettre dans sa Coupe, nul doute, comme d'ailleurs ses contemporains et beaucoup à leur suite l'ont dit (et écrit), qu'il a conçu "la Coupe de la Fraternité" (Mistral), "la Copa de la Hospitalidad"  (Balaguer). Il était conscient qu'il s'agissait de garder en mémoire l'accueil de l'étranger, et de plus, l'exilé politique (qu'il avait reçu dans son atelier parisien). Son refus d’être payé pour son travail relève de cet esprit.
J'ai longuement insisté là dessus dans mon avant dernière publication, documents à l'appui. 
A propos de la Coupe on ne peut chanter ni un chant nationaliste, ni un chant guerrier, ni un chant xénophobe. C'est une de mes préoccupations de le publier sans cesse (ce que je souhaite encore refaire). Surtout depuis que j'ai appris que la Coupo était chantée dans des réunions de groupes dont les opinions et les actes xénophobes sont à l’opposé de ceux qui, depuis bientôt 150 ans, ont créé, sauvegardé et chanté la Coupo. Le dictionnaire des synonymes (Quarto) rapportant opportunément au mot xénophobe : « chauvin, nationaliste, raciste ». Quand nous savons qu’un patriote est celui qui aime sa patrie, quand un nationaliste hait celle des autres. Ce qui peut s’extrapoler à toutes les religions et toutes les idéologies. 
André Pierre Fulconis»