carillon

Le Carillon, 16 janvier 1870

Quid novi > qué nòvi ! Bel exemple de latinisme dans notre provençal maritime populaire.

Mais venons-en à la presse.

Quand j’ai écrit Les Varois, la presse varoise et le provençal, en 1996, je ne disposais pas évidemment des trésors que nous offre progressivement Gallica. Et les collections toulonnaises dépareillées ne permettaient pas toujours d’avoir une vue complète sur des séries que la lenteur et la difficulté d’obtention de la B.N ne permettaient pas toujours de combler.
Je signalais l’importance des petites feuilles toulonnaises de la fin du Second Empire et des débuts de la Troisième République, où un quarteron de publicistes, avocats, amateurs de théâtre et de bel canto, tentaient de maintenir une présence qui se voulait humoristique et « culturelle » dans ce grand village prosaïque qu’était Toulon.
Ces feuilles nourrissent, et se nourrissent, des « scènes provençales » auxquelles Sénès (La Sinse) avait donné le ton, et que reprennent nombre de plumitifs, dont Dominique alias Benezi qui commence sa carrière de polygraphe : mise en scène amusée du petit peuple de la vieille ville, et particulièrement des femmes à la langue bien pendue, provençale pour les adultes, francitanes déjà pour les plus jeunes. La délectation de ces jeunes « vitelloni », passés par les humanités du lycée et parfois par la faculté de droit, et désormais plus ou moins piliers de brasseries, tient à l’étrange familiarité de ce langage sauvage d’un petit peuple dont ils ne participent plus, sinon parfois par un lointain souvenir familial.
Vous pouvez désormais consulter aisément sur Gallica une grande partie de ces publications, et notamment Le Carillon et la Lorgnette, dont les premières pages sont très souvent consacrées à ce type de « scènes provençales ».
Ces feuilles avaient pu rassembler à la fin de l’Empire des plumitifs unis par le compagnonnage générationnel. La vie politique agitée des premières années de la République fera éclater cette unité quelque peu factice, et avec elles disparaîtra progressivement ce type de publications. Les « scènes provençales » s’effaceront elles aussi progressivement, dans la mesure où s’affirmera la victoire de plus en plus évidente du français dans l’oralité populaire de la localité.