Parmi les enthousiastes de Calendau, il convient de ranger le très légitimiste Armand de Pontmartin (originaire d’Avignon), critique littéraire la très légitimiste Gazette de France, 11 mars 1867 :

« … Mireille pouvait n’être qu’un incident heureux, une bonne fortune poétique, l’alliance d’un sujet touchant et charmant avec un talent et un idiome merveilleusement propres à maintenir intacts son parfum original, sa grâce native, sa physionomie agreste et pathétique. Dans Calendal, la pensée de l’auteur est évidemment plus haute et plus complète. Calendal, le pêcheur de Cassis, représente, dans son expression la plus vigoureuse et la plus pure, la Renaissance provençale. La donnée du poëme a autant de simplicité que de grandeur ; elle nous rejette à mille lieues, non seulement des trivialités de la vie moderne, mais des procédés de la poésie contemporaine, qui ramène sans cesse et replie l’homme sur lui-même, au lieu de l’alléger de son propre poids et de le lancer d’un coup d’aile vers l’invisible et l’infini. Elle nous reporte vers le temps où chevaliers et trouvères plaçaient si haut le sujet de leurs poëmes et l’objet de leurs amours que leur vie suffisait à peine à combler les distances. Il y a longtemps, bien longtemps que je n’avais éprouvé à ce degré d’intensité cette sensation que nous cause la poésie absolue, souveraine, indépendante et isolée de tout ce qui n’est pas elle, assez sûre de sa richesse et de sa force pour nous dire : « Je ne veux pas de vous, ou je vous veux tout entier ; c’est à prendre ou à laisser »

Il redouble dans l’Univers illustré, 13 mars 1867 :

« … Mireille et Calendal, le nouveau poème de Mistral, sont comme deux belles filles d’Arles, dignes de faire souche d’athlètes, éclatantes de fraîcheur, nées dans un rayon de soleil, taillées dans un bloc de Paros, défiant la fatigue et le hâle, fières de leurs cheveux d’or, de leur teint vermeil, de leur pied nerveux, de leurs blanches épaules, qui viendraient, un matin ou un soir, faire honte à nos beautés parisiennes étiolées et maquillées.

Calendal est peut-être plus étonnant que Mireille ; le sujet de Mireille, si pathétique et si humain, avait pu suffire au succès : dans Calendal, le sujet n’est rien, une goutte d’idéal dans un creux de rocher des montagnes de la Provence. On ne sait pas même su l’héroïne est une fée, une province ou une femme ; mais les détails sont merveilleurs, d’une vérité, d’une puissance et d’une grâce qui font songer tour à tour à Hésiode, à Homère et à l’Arioste. »

Polygraphe respecté, mais raillé aussi par ses enthousiasmes à côté de la plaque, de Pontmartin suit en fait ligne dominante de la critique parisienne : poésie provençale oui, mais en français…