J’ai réouvert mon vieil exemplaire bien fatigué du Roumavagi deis Troubaires - Recueil des poésies lues ou envoyées au congrès des Poètes provençaux, tenu à Aix, le dimanche 21 août 1853 ; publié par J.-B. Gaut, Secrétaire du Congrès. Aix, Aubin ; Paris, Garnier frères ; Marseille, Boy. MDCCCLIV. 
Saine lecture que ce recueil hétéroclite, où l’on trouve le pire et le meilleur, qui capitalisait une désormais abondante production « littéraire » provençale, mais aussi languedocienne et alpine.
Chacun peut y aller à la découverte et à la pêche. Point n’est besoin désormais d’exemplaires bien fatigués. Vous trouverez facilement la totalité du Roumavagi sur le Net, On en trouvera lecture sur le Net, avec les coquilles inévitables dans la reproduction scannée. Je vous y renvoie, mais je m'en tiens ici à ce que je lis sur papier. 

Je donnerai quelques articles de présentation, avec quelques commentaires, que vous pouvez mettre en rapport avec ce que j’en écris sur ce blog, notamment dans le dernir chapitre de Une mort qui n’en finit pas.
Voici la préface du Roumavagi, signée du journaliste et bibliothécaire aixois Gaut (voir sur ce blog), maître d’œuvre de l’entreprise :

" La langue provençale n'est pas morte.

Les Troubadours n'ont jamais cessé d'exister [Cf. le recueil marseillais Les Troubadours revioudas, publié en 1823]. Ces deux propositions, qui semblent paradoxales au premier abord, sont pourtant d'une exactitude rigoureuse.

Une langue n'est pas morte, lorsqu'elle est parlée usuellement par une population de plusieurs millions d'individus, et qu'il y a même des races rustiques, évaluées, sans exagération, à plusieurs centaines de mille âmes, qui n'ont l'usage ni la compréhension aucun autre idiome.[ainsi est bien précisée la visée des poètes d'oc : il ne s'agit pas de défendre, encore moins ressusciter une langue quasi morte : la langue d'oc est vivante, il faut maintenant l'illustrer]

Telle est la destinée de la langue romano-provençale, qui embrasse du réseau de ses dialectes toute la France méridionale, de la Méditerranée à la Garonne, des Alpes et du Var aux Pyrénées. [C'est la première fois que cette vision d'une unité d'oc dépasse le cadre alors étroit des philologues, et se propose à des poètes enclos dans leur parler local, ou régional]
Une littérature est vivace lorsque, pareille à un arbre antique, elle enfonce profondément ses racines dans le sol, et laisse échapper, avec chaque flot de sève annuelle, des jets de verdure et des corymbes de fleurs variées. Cette expansion de vie et cette floraison périodique [j'ai essayé dans ma thèse (voir sur ce blog) d'étudier le rythme de cette floraison liée aux péripéties culturelles et politiques du temps] sont d'autant plus remarquables, qu'elles se produisent au milieu des ramifications et sous les étouffements d'une langue conquérante, réputée, à bon droit, la première langue du monde. [intériorisation de la dominance diglossique]
Telle est la destinée de la littérature romano-provencale. Envahie par la marée ascendante de la littérature française, la plus vaste et la plus complète de tous les peuples, elle s'est réfugiée sur un promontoire élevé, où les vagues de la mer viennent mourir à ses pieds. De cette hauteur, elle laisse échapper, comme la fontaine Aréthuse, sans mêler ses flots aux flots salés, sa source limpide qui murmure et sa cascatelle sonore qui brille au soleil du Midi.
La langue française a pour auxiliaires puissants la religion, le gouvernement politique, la legislation, les sciences, les arts, les lettres, l'armée, la magistrature, le barreau, l'instruction primaire et secondaire, les facultés, l'enseignement agricole manufacturier, des millions de livres et milliers de journaux et de revues.
La langue romano-provençale n'a pour autorité que la tradition, pour véhicule que population agricole et une fraction de la population industrielle.

Cependant la langue française est encore l’exception, et la langue provençale la généralité parmi nos races celto-romaines, francisées par les mœurs, la géographie et la politique, mais non encore nationalisées par l'idiome.[bonne caractérisation de cette situation d'équilibre linguistique qui penchera définitivement du côté du français sous le Second Empire]
Fière de son origine celto-greco-latine, et de l'éclat cosmopolite dont elle brilla, pendant deux siècles, sous la période des Troubadours, la langue provençale conserve avec orgueil ses titres de noblesse. Malgré quelques mésalliances, son blason est encore sans tâche. Elle a gardé son identité avec amour et respect.
Son type originel se fait encore remarquer par la finesse et la pureté des lignes, autant que par la fraîcheur et la souplesse des formes. C'est la Vénus d'Arles, mutilée, mais toujours admirable de grâce et de beauté. C'est le vin généreux de nos côteaux s'échappant, à flots vermeils, d'une amphore antique. C'est l'huile vierge de Provence, dont l'arôme et les flots dorés surnagent sur les mélanges hétérogènes. C'est la flore splendide du Midi, émaillée des myosotis du jardin de Virgile et de Théocrite. Enfin c'est, dans les forêts druidiques, un écho de Tibur et de Mantoue, traversé par le bourdonnement de quelques abeilles de l’Hymette.
La langue française est la langue officielle, la langue des affaires, la langue des salons. Elle est partout, elle veut dominer en tous lieux ; mais la langue provençale défend son terrain pied à pied, et si elle fuit parfois, comme la Galathée antique, avant, elle désire être vue. — Et se cupit ante videri !
La langue provençale a trouvé un asile sûr dans les champs. Cependant sa rivale cherche encore à lui disptuer ce refuge. Tantôt l’école primaire essaie d'insinuer le français tans les campagnes ; tantôt des cathéchistes zélés tentent de lui donner la parole évangélique pour véhicule ; ou bien le militaire, entré dans ses foyers, cherche à initier son auditoire au langage du Nord, par le récit de la vie des camps. Mais assez souvent il arrive que l'enseignement primaire voit s'enfuir, aux premiers beaux jours, comme un oisillon qui essaie ses ailes, l'enfance qu'il était parvenu à captiver pendant les froides et inactives journées de l'hiver; les vérités de la religion ont besoin d'être traduites en langue vulgaire pour être vulgarisées ; et le soldat congédié n'a pas plus tôt touché le sol natal, écouté les doux propos de son amoureuse et danse avec elle au son du tambourin, que, oublieux des leçons françaises de son caporal, il retourne bien vite à cette langue maternelle dont rien ne peut emporter le souvenir, ni faire oublier l'harmonie à tout cœur vraiment provençal.
Les Troubadours n'ont pas cessé d'exister !
Cette proposition n'est pas plus difficile à démontrer que la précédente. [on imagine que l'argument ne tiendra plus guère avec l'obligation de l'école primaire et la généralisation du service militaire
Après les célèbres tenants des Cours d'Amour, les traditions du Gay Saber se sont perpétuées, de génération en génération, par une succession non interrompue de poètes et de rimeurs. Sans parler encore des écrivains lettrés, qui ont produit des ouvrages formant un corps de littérature complet, n'y a-t-il pas toujours eu dans les campagnes, dans les villages et dans les villes des improvisateurs, des rhapsodes, des chansonniers, dont les productions sont conservées par la réminiscence des populations ? Pendant les longs troubles civils de la Provence, avant et depuis son annexion à la France, la satire et la chanson politiques se sont mêlées à toutes les péripéties de notre histoire. Aujourd'hui encore, on rencontre, dans chaque agglomération d'habitants, un Troubaire inculte qui chante les événements heureux ou malheureux de la localité [j'en ai eu une preuve familialement avec mon arrière grand père paternel]. Au milieu des populations éloignées des villes on trouve surtout des pâtres conteurs dont l'imagination, exaltée par la solitude des belles nuits méridionales, improvise des épopées où le merveilleux le dispute à la naïveté rustique. Aux environs des cités, l'invention est plus subtile, et la pensée du poète se moule plus volontiers dans un couplet caustique et railleur. Mais on retrouve partout la verve gauloise, joyeuse et primesautière, et se drapant avec fierté dans les lambeaux de pourpre de la belle latinité. Partout un langage limpide, harmonieux, plein d'expressions charmantes, se prête admirablement à rendre toutes les conception de l'esprit, et la rime des Troubadours sert toujours de frange éclatante aux riches drapries empruntées à l'idiome gallo-romain.
Il n'entre pas dans notre plan, et nous avons pas la prétention de vouloir esquisser ici un historique de la littérature provençale, depuis la décadence de l'empire romain jusqu’à nos jours. Il faudrait une érudition profonde, et une plume bien plus exercée que la nôtre, pour aborder ce labeur gigantesque. Il a été déjà entrepris, au reste, et des assises considérables ont été préparées pour l’élévation de ce monument. Sans remonter à Carmentière, au Monge des Iles d'Or, à Jehan de Nostradamus, les immenses travaux de La Curne de Sainte-Palaye, de Papon, de Bouche, de Raynouard, de Schiegel, du Père Bougerel, et, de nos jours, des savants MM. Fauriel, Mary-Lafon, Pierquin de Gembloux, Saint-René Taillandier, etc., ont approvisionné des matériaux précieux et formé un tableau presque complet des origines et de l'histoire de la littérature provençale. Son berceau, échappant, comme celui de Moïse, aux flots de l'invasion des Barbares, sa grandeur pendant les douzième et treizième siècles, enfin sa décadence, précipitée par les révolutions politiques, ont trouvé des peintres habiles qui ont retracé toutes ces péripéties en traits ineffaçables...
Pierre Bellot, de Marseille, a été le restaurateur des lettres provençales au dix- neuvième siècle [cf. thèse sur ce blog]. Sa mission fut la même que celle de son quasi-homonyme Belaud (de la Bellaudière), qui réveilla la Muse méridionale au seizième siècle et lui tressa une couronne immortelle. Bellot avait eu pour précurseur le célèbre fabuliste Diouloufet, d'Aix [idem]. Sa Muse a fait vibrer la fibre populaire par des créations originales, vives, hardies et saisissante.
Ses chants ont retenti dans tout le Midi. Aussi a-t-il produit une école et depuis qu'il a donné le signal de la renaissance à notre poésie, plus de cent poètes, dont quelques- uns du plus grand talent font entendre du Rhône à la Méditerranée, du Var jusqu'aux Alpes.
En 1841, Bellot publia une feuille pérodique qui groupa presque tous les poètes provençaux de l'époque. Malheureusement le Tambourinaire ne charma pas bien longtemps l'écho de nos collines par ses frémissements sonores.
Depuis, deux mouvements littéraires bien prononcés se sont accomplis: celui qui fut le résultat de la publication du Bouilhabaisso, à Marseille, et celui qui eut pour résultat publication des Prouvençalo à Avignon. Le Bouilhabaisso, fondé en 1841, par Désanat, de Tarascon, auteur d'une étonnante fécondité parut jusqu'en 1845. Désanat dut le succès prolongé de son œuvre à sa verve intarissable et à la collaboration active et piquante d'une soixantaine de correspondants poétiques.
En 1850-51, J. Roumanille édita Li prouvençalo dans le feuilleton du journal la Commune d'Avignon. On connaît le mérite et la popularité de notre ami J. Roumanille, de Saint-Remy, l'auteur des Margarideto, des Sounjarello et de la Part dau Bon Diéu. C'est dire assez que les sympathies qui avaient accueilli l'entreprise littéraire de Désanat entourèrent l'éditeur des Prouvençalo. Les anciens Troubadours du Bouilhabaisso acoururent sous sa bannière, et de nouvelles recrues se joignirent aux vétérans de la rime. Les inspirations de cette pléïade poétique furent réunies en faisceau dans un charmant volume, imprimé en 1852, qui fit une vive sensation dans le public.

Une introduction fort remarquable, par M. Saint-René Taillandier, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier, recommanda ce livre au monde savant et eut une part contributive dans le succès obtenu par cet ouvrage.
Les relations littéraires et les sympathies poétiques éveillées par l'apparition du Bouilhabaisso et des Prouvençalo devaient se resserrer encore, et avoir pour dernière expression la création d'un Congrès annuel de poètes provençaux.

La pensée d'établir un Congrès est née, à la suite de la publication des Prouvençalo, d'une correspondance échangée entre Roumanille et celui qui écrit ces lignes. On fit appel aux amis de la langue et de la littéralure du Midi, et des bords du Rhône et de la Méditerranée les Troubaires accoururent à Arles, le 29 août 1852, jour de la fête agricole des Bouches-du-Rhône.
Le Congrès d'Arles fut une véritable réunion de famille. Ce premier rapprochement des poètes provençaux mit directement en contact des hommes dont les goûts et les études étaient les mêmes, mais qui ne se connaissaient jusqu'à ce jour que de réputation et par des rapports littéraires.
II y eut pourtant une séance publique où se pressait l'élite de la population arlésienne. Le docteur d'Astros, d'Aix, était au fauteuil de la présidence. Un grand nombre de compositions inédites, dont la plupart d’un mérite peu ordinaire, firent épanouir leurs gerbes de fleurs sur les rives du Rhône. Le banquet qui réunit, le soir, les poètes provençaux, resserra encore les liens d'amitié cordiale qui venaient de se former sous l’inspiration de la Muse méridionale. On se sépara à regret, enchantés les uns des autres, en promettant de se réunir de nouveau l'année suivante, et emportant un souvenir durable de l'hospitalité arlésienne. [on lira l'ironique description de ce congrès que donnera Victor Gelu].
En 1853, le Congrès des poètes provençaux a eu lieu à Aix, avec beaucoup plus de publicité et d'éclat, et a pris la dénomination de Roumavagi deis Troubaires. Le mot Roumavagi exprime, dans notre langue, une fête patronale, une réunion de plaisir faite avec un grand concours de monde. L'appellation de Troubaires était celle par laquelle on désignait jadis les bardes de la langue romane. Le Roumavagi deis Troubaires est donc la fête des modernes Troubadours. On trouvera plus loin la description de cette solennité poétique. Mais nous devons ici, au nom de tous nos confrères, ainsi qu'en notre nom personnel, exprimer toute notre gratitude à l’administration municipale d’Aix, pour le concours gracieux et empressé qu'elle nous a accordé, et à la population aixoise tout entière, pour les témoignages publics de sympathie qu'elle a prodigués à la Muse provençale. On n'attendait pas moins de la capitale de la Provence, et tous les Troubaires garderont une mémoire éternelle l’accueil flatteur que leur a fait l'Athènes du Midi.
Nous venons offrir aujourd'hui au public les productions du Congrès d'Aix, réunies en un volume. Cette édition a été faite avec le plus grand soin typographique, et rien n'a été négligé pour sa correction et son impression. On a essayé de la rendre aussi attrayante que possible par la forme, afin que la déception du lecteur fût moins grande, si quelques pièces qu'il avait applaudies, grâce au prestige d'un débit chaleureux et passionné, lui paraissaient moins intéressantes, dépouillées des ornements oratoires. Car, nous devons pas le dissimuler, tous les coups de lance ne sont pas également heureux dans le tournoi poétique. Dans une passé-d'armes littéraire à laquelle ont concouru tous les âges, tous les sexes, toutes les positions sociales et tous les degrés d'instruction, il serait absurde d'exiger de tous même habileté, même force et mêmes prouesses. Les écuyers de la Gaie Science ont combattu dans la joute avec le même courage, si non avec le même bonheur que les Troubadours armés chevaliers par la Muse. Ce sera au public, juge du tournoi, à décerner les couronnes. Mais nous pouvons dire que les maîtres de la lyre, ainsi que les violes à leur début, ont fait chacun leur partie dans notre concert, et s'il y a des sons plus faibles ou moins mélodieux les uns que les autres, nous espérons qu'il n'y aura point de fausse note, et qu'on voudra bien apprécier l'harmonie d'un ensemble composé d'éléments si divers et d'instruments si disparates, qu'il a fallu quelque-fois mettre d'accord. D'ailleurs, cette différence de tons et de mélodie, cette variété dans les inspirations et les chants sont l'image de la nature, où il n'y a rien de semblable, et que la Providence a ainsi créée pour éviter la monotonie, cet écueil de toute harmonie terrestre. Parcourez, en effet, une prairie où les brises de mai et les rayons du printemps tout épanouir toutes les magnificences végétales. Parmi ces milliers de fleurs de toutes les nuances, il en est dont les splendeurs éblouissent les yeux, et d'autres dont la corolle modeste se cache sous l'herbe humide. Quelques-unes prodiguent les senteurs de leurs calices; il faut qu'une main curieuse cherche dans leur retraite solitaire les arômes timides de quelques suaves fleurettes. Il en est ainsi du parfum de la poésie: les gens de goût et d'esprit apprécient toutes les fleurs; si les unes ont l'éclat et la beauté, les autres ont souvent la bonté, l'utilité, et toutes concourent au but mystérieux qui les fait éclore sous le souffle créateur.
Notre intention était de publier dans un seul volume les pièces de poésie lues ou envoyées à la séance publique et au banquet dit Roumavàgi deis Troubaires. Mais il n'a pas été possible de les y resserrer sans les condamner au supplice du lit de Procuste. Ce volume ne contiendra donc que les morceaux qui se sont produits ou ont été envoyés à la séance publique; ils ne peuvent tous être enfermés dans les limites de plus de 300 pages. Nous les ferons précéder : 1° des encouragements flatteurs de MM. Mary-Lafon, Saint-René Taillandier, Brizeux, et d'une gracieuse poésie du barde breton ;
 2° de l'Invitation au Roumavàgi, pièce originale qui mérite la publicité ;
 3° du compte-rendu du Roumavàgi deis Troubaires 4° de quelques notes sur l'orthographe adoptée dans ce recueil; ce sera, on le voit par ce programme, un livre bien rempli.
Il paraîtra, dans les premier mois de cette année, un second volume intitulé: La Soupado deis Troubaires, qui se composera de toutes les poésies produites ou envoyées au banquet du 21 août 1852. [Ce volume ne verra jamais le jour : les manœuvres de Roumanille et la création du Félibrige le renverront au néant] Elles seront précédées : 1° d'une introduction contenant une notice historique, chronologique et bibliographique sur les Poètes provençaux, depuis les Troubadours, exclusivement, jusqu'à notre époque ;
 2° d'une fable française avant pour titre: Les Troubadours, dédiée, par M. Camille de Laboulie, aux membres du Roumavagi deis Troubaires 3° d'une réponse en vers alternés français et provençaux. Enfin la Biographie des Troubaires du Congrès d'Aix et la liste des cinq cents premiers Souscripteurs, serviront de complément à ce livre.

Ce second volume sera-t-il accueilli aussi favorablement que le premier par le public et nos Souscripteurs ? [il ne paraîtra pas] Nous l'espérons, si toutefois nous n'avons pas trop préjugé des sympathies et de la bienveillance des amis de la langue provençale.
Enfin, nous ne terminerons pas cette Préface, sans faire connaître que, pour relier en faisceau les forces vives de la littérature méridionale, et rendre permanentes et suivie des relations des Troubaires, un journal, destiné, à leur servir d'interprète, paraît à Aix, dpuis le 25 décembre 1853. Cette feuille, intitulée Le Gay Saber, journal des modernes Troubaires, publiera, avec des poésies provençales variées et d'une grande pureté littéraire, des questions de philologie et de linguistique, des biographies d'anciens poètes provencaux, des analyses, des commentaires et des reproductions leurs œuvres, des nouvelles de la littérature provençale, des comptes-rendus et des annonces des productions contemporaines des idiomes du Midi. Le Gay Saber prospérera s'il a les encouragements du public et le bonheur de devenir l'organe de tous nos modernes Troubaires. 

J.-B. GAUT.
Aix, le 1er Janvier 1854.