Souvenir d'un coup de sang. Le 8 juillet 2008, j'écrivais ce billet après le refus de la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales.

Le « talk orange » du Figaro,  le « desk » du Monde, sans compter les innombrables newsletters  journalistiques me l’ont confirmé par une poussée d’urticaire  de monolingues académiciens et spécialistes surfant de l’Huma au Figaro , la langue française est menacée, constitutionnellement menacée.
Locuteur de deux débris du latin (français et occitan), je ne pouvais qu’être interpellé, comme on dit.
Bon, il va falloir faire quelque chose. 
Je ne peux que conseiller aux hyper-nationalistes français de  lire à haute voix (et sans accent régional s.v.p.), et de savourer le célèbre propos de Rivarol  (1783) sur « l’universalité de la langue française », qui, à l’instar jadis du latin, voit les hommes, « d’un bout de la terre à l’autre, se former en république sous la domination d’une même langue », le français bien sûr. 
Avec naturellement, en accompagnement off (comme on dit en bon français) le fameux « Veillons au salut de l’Empire » (1791) officialisé par les Napoléons : « Du salut de notre patrie / Dépend celui de l’univers ».
Mais trêve d’ironie. 

À qui m’imaginerait rangé parmi les tenants exacerbés de « l’anti-jacobinisme » et les contempteurs de l’État-Nation, je confirme et signe ce que j’écrivais dans Vendémiaire, en 2005, pour défendre le dit État-Nation. 
Je m’adresse ici particulièrement aux sénateurs communistes qui légitimement ont voulu défendre et promouvoir la langue nationale. 
Vous pointez le risque d’éclatement communautaire de l’État-Nation, sur la base de la différence linguistique et bientôt ethnique. Mais cette interrogation, nourrie d’un ancestral et viscéral refus de la différence, ne vous empêche-t-elle pas de voir où est la vraie menace braquée sur notre unité et notre indépendance nationales ?
Vous ne pouvez ignorer qu’au-delà du projet de suppression des départements, le plan majeur pour promouvoir l’Europe des régions, destructrice de l’État-Nation et donc de nos acquis démocratiques et sociaux, est la fusion technocratique des régions actuelles en macro-régions, où les tenants d’une quelconque ethnicité auraient bien du mal à retrouver leurs petits. Le but que vous dénoncez, faire éclater l’État-Nation à partir des particularismes linguistiques et ethniques, passera par un tout autre chemin, dont la puissante région Rhône-Alpes (plurilinguistique), par exemple, est la préfiguration. Une Europe où les grands Barons régionaux, parfaitement indifférents aux questions linguistiques, seront les relais actifs de la terrible régression que l’on nous prépare.

René Merle
Qui de toute façon souhaite ardemment le refus global du projet constitutionnel