http://youtu.be/eiCRw9Xkvbk

 

J'ai évoqué dans un billet précédent, concernant mon apprentissage graphique, le rôle déclencheur qu'a eu ce petit 45 tours de Ventadorn, 1971, pour ma découverte de l'occitanisme et pour mon engagement ultérieur.

Je descendais du Larzac où je n'étais venu qu'en touriste amateur de grands espaces (les grandes luttes contre l'extension du camp militaire n'avaient pas encore commencé).

J'étais tombé absolument par hasard sur la Mòstra del Larzac, de Félix Castan, dont j'ignorais tout. Tableaux, produits de l'artisanat régional, et quelques disques, dont ce Lengadòc roge m'avait immédiatement attiré, avec sa photo des mythique Mutins du 17e. Je l'avais donc acheté, et, une fois de retour chez moi, j'avais écouté et réécouté cette voix rugueuse, qui, pour la première fois de ma vie en langue d'oc, me parlait d'un des fleurons de ma mythologie "révolutionnaire" : la révolte des vignerons, le courage civique des Mutins...

M'interrogeait aussi bien sûr cette version languedocienne d'une langue que je n'avais jusqu'alors reçue que comme exclusivement provençale, et m'interrogeait encore plus la façon de l'orthographier.

Ainsi fut déclenché mon intérêt, et très vite mon engagement occitaniste, qui liait l'amour du peuple travailleur de chez nous, et l'espérance révolutionnaire.

Je dois dire que, si j'ai toujours retrouvé la même force musicale et la même qualité expressive dans les disques ultérieurs de Marti, je n'y ai jamais retrouvé la même émotion idéologique : le "nationalisme" occitan teinté de tiers-mondisme n'était pas vraiment ma tasse de thé...

 

 

Lengadòc roge

 

 Era l'an 1907


Los paures manifestavan

E volguèran pas tirar

Poble e soldats èran fraires

E volguèran pas tirar


Los soldats lengadocians

Governament te venjaràs

Amb una guèrra als Alemands

Era l’an 1907


Per Besièrs manifestavan

E volguèron pas tirar

 

Tu que voliàs pas morir

Entre flors desconegudas

T'an enterrat dins un lençòl

De freda tèrra del Nord

Aquel an 1917

T’escriviá ta maire :


« Torna lèu per la vinha.

Plori quand la regardi »

S ‘es poirida la flor roja


S’es poirida la flor


L’an enterrada dins un lençol

Amargant de messorgas


S’es poirida la flor

 

Languedoc Rouge

 

C'était l'an 1907


Les pauvres manifestaient


Et ils n'ont pas voulu tirer

Peuple et soldats étaient frères

Ils n'ont pas voulu tirer


Les soldats languedociens

Gouvernement tu te vengeras

Avec une guerre aux Allemands

C'était l'an 1907


Dans Béziers on manifestait

Et ils n'ont pas voulu tirer.

 

Toi qui ne voulais pas mourir

Parmi des fleurs inconnues

Ils t'ont enterré dans un drap

De terre froide du Nord.

Cette année 1917


T'écrivait ta mère :


 « Reviens vite, pour la vigne.

« Je pleure si je la regarde.»

Elle s'est pourrie la fleur rouge

Elle s'est pourrie la fleur


On l'a enterrée dans un drap

Amer de mensonges

Elle s'est pourrie la fleur rouge.