danse-provencale

Un billet d'avril 2014 : 

Bon, on ne va pas en faire un vélo, mais ça énerve un peu.

Je viens de lire Le Canard Enchaîné de cette semaine. On y réagit vigoureusement devant la possibilité d'une victoire FN dimanche dans la belle cité d'Avignon.

Dans un dessin vengeur, Cabu nous montre Marine et Papa Jean-Marie extasiés devant une estrade de danseurs surmontée de la banderole "Danses Folkoriques" : " Enfin on pourra assister au Festival d'Avignon" s'exclament-ils.

Lu également dans le même numéro, toujours sur le festival d'Avignon, un article signé J.-L. P., que l'on a vu mieux inspiré, ironisant sur "la danse provençale traditionnelle" que programmerait le FN en lieu et place des cosmopolites et modernistes prestations du Festival...

Hola, camarades antifascistes du Boboland parisien, il faudrait se calmer. On a déjà donné au temps où Toulon venait de se doter d'une municipalité FN. Vous n'allez pas nous refaire le coup des donneurs de leçons venus en rafale faire la morale aux pauvres Beaufs que nous sommes.

À l'époque, la municipalité FN de Toulon, fraîchement élue comme celle de Vitrolles, jouait bien sûr, entre autres, la carte de la soit-disant provençalité culturelle.

Et alors ? Fallait-il pour autant jeter aux oubliettes de l'histoire tout ce que le FN se permet d'arborer ? Il faudrait alors y jeter aussi la Nation française dont le FN se réclame au premier chef ! Devrais-je me tirer une balle dans le pied parce que le leitmotiv musical de ma pièce de théâtre de 1996, Poupre et Cie, était le noël de Saboly La Gambo mi fai mau, chanson que j'adore ?

Il est évident que le FN a pu surfer, et surfe, sur une dichtomie facile : "haute" culture élististe et cosmopolite, rejetée par le Peuple -  "vraie", authentique culture locale et régionale, dont le peuple serait sensé se délecter... Dichotomie qui de toute façon ne tient pas la route, car ce que d'aucuns appellent avec condescendance le "peuple" serait par ici plutôt branché Télé réalité que "tutu panpan" régional. 

Pour autant, désolé pour Cabu et J.-L. P., il est tout à fait imbécile de reprendre à rebours la même dichotomie, et d'opposer la "vraie" culture, assénée aux petits bourgeois férus d'acculturation, et le folklore régional, promu symbole de la beaufitude.

Je ne peux pas dire que les groupes de danse provençale soient ma tasse de thé. Il en est de tristounets, il en est de superbes comme en témoigne la photo. Mais je ne cours pas les festivals de folklore. De toute façon je sais bien que ce mot de "folklore", dont la racine est le mot "peuple", ne correspond pas vraiment en Provence à un enracinement populaire qui peut subsister ou refleurir dans certaines régions (je pense par exemple à la Bretagne). Je sais parfaitement que l'accompagnement des groupes folkloriques est par chez nous l'alibi obligé de toute cérémonie qui se veut respectable. Je sais que Pétain en fit grand usage, mais je n'oublie pas que le congrès du PC en Arles en fit usage aussi, en son temps. 

Mais baste, que nos "antifascistes" du boboland arrêtent de nous les briser menu avec leurs ostracismes, qui en fait les mettent au niveau des "anti-élitistes" de droite et d'extrême-droite.

D'un côté je me dis : pourquoi des gens qui ont envie de faire du folklore, même ossifié, même ringardisé, même sans vraie base populaire, devraient-ils s'en priver ? Laissons-les faire leur vie. D'autant que certains la font magnifiquement. Je pense par exemple au festival de Martigues et à sa Capouliero ! Et je n'oublie pas que dans la montée du racisme xénophobe en Provence et de la percée municipale du FN (Marignane, Orange, Toulon, Vitrolles), leur affiche, au grand dam de certains provençalistes maurrassiens, fut celle d'une Arlésienne noire, mais oui, monsieur Cabu !

D'un autre côté, question "haute culture", je ne peux pas dire que toutes les créations du Festival d'Avignon me transcendent. Il en est de particulièrement stimulantes, il en est de particulièrement chiantes, même si Telerama les encense. Ceci dit, pourquoi des aficionados de la déréliction nocturne sur les gradins du Palais des Papes devraient-ils être empêchés de nous mortifier ? Laissons-leur la même liberté.

Et s'il vous plaît, arrêtons d'enfermer nos plaisirs et nos goûts dans des moules uniques. La lutte contre l'extrême droite n'a rien à y gagner.

 

capouliero