Voici une billet consacré à la polémique sur les langues régionales et la Charte européenne des dites langues, polémique relancée par une flopée d'articles venimeux dont les fleurons récents n'ont pas honoré par exemple  Marianne et Mediapart, ces deux grandes consciences de la "gauche".

J'avoue avoir hésité à me lancer dans pareille entreprise. Et ce pour au moins trois raisons.

- La première est que personne ne m'y attend. Je ne parle pas au nom d'une association, d'un groupe de pression, d'un lobby...

- La seconde est, sur ce sujet, il y a plus d'insultes à recevoir que de compliments...

- La troisième tient au niveau des arguments utilisés par les ennemis d'une vraie reconnaissance des langues régionales.

Car en effet, j'ai retrouvé dans leurs assauts des arguments si connus, des arguments si éculés que je me demande s'il vaut la peine de les affronter. Et pourtant, les revoici sortis de frais en ce début 2013...

Commençons par les plus stupides. Ainsi de l'argument qui se veut patriotique, destiné à pousser dans leurs retranchements, s'ils en ont, les innocents balbutiant ces parlers "artificiellement normalisés" que sont les langues régionales.

De quoi s'agit-il ? Mais de la Kollaboration bien sûr ! Sans évoquer les SS bretons, que l'on nous ressort périodiquement, tenons-nous en à quelques vérités, qui concernent la seule langue régionale - ou inter-régionale - que je connaisse (sous sa forme provençale maritime), la langue d'Oc.

Oui, en effet, Pétain avait placé son État français sous l'égide de Mistral. 

Oui, en effet, son fidèle Charles Maurras était félibre, parlait le provençal, et le défendait bec et ongle...

Oui, dans leur bonheur de voir l'État français faire une place à l'école à la langue d'Oc, le Félibrige comme la Société d'Études occitanes ont été des nids d'ardents pétainistes, au moins jusqu'en 1943...

Oui, oui bien sûr, le pape de l'occitanisme d'avant-guerre, le père de la célèbre graphie dite occitane, le Languedocien Louis Alibert, sombra dans la collaboration la plus abjecte et la plus militante...

J'ajouterai même, pour enrichir ce dossier, que je croyais à des galéjades quand des paysans du Haut-Var me disaient avoir été contrôlés par des SS qui parlaient provençal, jusqu'à ce que mon ami l'historien Jean-Marie Guillon m'explique qu'en effet les nazis avaient recruté des provençalophones pour être mieux en prise sur le pays, et éventuellement, en civil, pour inflitrer les maquis provençaux.

Dans un premier mouvement, je me suis dit : "décemment, tu ne peux pas continuer à parler et à écrire une langue à ce point compromise. Lobotomise toi. Oublie cet occitan débris du latin... Ne parle et n'écris que le français, ta langue nationale, et si possible, bon Dieu, essaie de la parler sans accent !"

C'est à ce moment que mon Jiminy Cricket m'a soufflé à l'oreille : "Certes, mais décemment, tu ne peux pas non plus continuer à parler cet autre débris du latin qu'utilisaient Pétain, Laval, et tous les porteurs de francisque de Vichy, comme notre grand ex-Président... Tu ne peux pas parler la langue qu'employait la Légion des Volontaires français contre le bolchévisme, qui combattirent sur le front russe. Non, tu ne peux pas. La langue française s'est à jamais déshonorée dans la Kollaboration. Il te faut trouver autre langue".

Argument imparable.

Il me reste donc à trouver, et à apprendre, une langue qui n'ait pas été compromise dans la Kollaboration.

- Pas de problèmes, l'anglais est tout désigné, me dites-vous...

-  Eh non, les nazis ont occupé les îles anglo-normandes et y ont trouvé des collabos anglophones... Ne parlons même pas de l'italien et de l'espagnol... Peut-être dois-je réviser mes rudiments de tahitien ?

En attendant, faute de mieux, je continuerai un peu en français, en m'en excusant, mais je passe le message, post mortem, à ceux qui, Maurras ou pas Maurras, avaient cru bon sur mon littoral varois titrer en provençal emblématique du Peuple leur journal de résistants communistes, en 1942 : Lou Travailladou*, le Travailleur ! 

* Amics puristas de la grafia, que voletz que vos digui ? Aquelei dau jornalet, qu'èron per se'n anar dins la còla per lo promier "maquis" dau Var, lo "maquis" FTP dei Mauras, se dobtavan pas qu'auriá faugut marcar, en bòna grafia classica : "Lo Travalhador". Arremarcatz que, l'aguesson fach, me demandi cu leis auriá comprès alora...

 

Commentaire reçu le 27 avril 2013 de Louis V.

Un souvenir : quand nous avons joué dans Maurin des Maures, d'André Neyton, avec Jeanne, la bande son était pré enregistrée, en particulier par des Collobriérois qui parlaient le provençal, mais qui ne connaissaient pas la graphie "occitane" (et guère mieux la mistralienne)Et donc, qui butaient souvent.. Entendre "dans les drallas et les bomass" (les dralhas et les baumas) ou bien "que colon...Un colon ? colonel ? ah cou...n ! ça s'écrit comme ça? " (colhon) c'était pas triste.Bon, entre parenthèse, j'aurais pas fait beaucoup mieux!!