La déclaration de Nérac est emblématique d’un courant théorisé par Félix Castan qui refusait un engagement politique et/ou économique de l’occitanisme renaissant après les péripéties de la guerre. Il est particulièrement intéressant de noter que cette identification de l’occitanisme à une activité littéraire déconnectée de son éventuel support social émane d'un membre du Parti Communiste, marxiste convaincu.
À ce propos, cf. le point de vue que je donnesur ce blog  dans : « Journées de Larrazet 2008 – Félix Castan »

 "Conscients du rôle qu’a joué la littérature en langue d’oc dans la tradition littéraire occidentale ;


Attentifs aux problèmes que pose sa renaissance en ce qui concerne notamment la réadaptation de la littérature traditionnelle de langue d’oc aux tendances de la littérature universelle d’aujourd’hui ;

Les écrivains de langue d’oc soussignés déclarent :

1. - L’importance d’une langue et d’une tradition de civilisation se mesurent non aux politiques de préservation (du type de Félibrige) qu’elles suscitent, mais a leur efficacité dans la pensée moderne, l’oeuvre littéraire gardera toujours pour les écrivains d’Oc la prééminence par rapport à la langue d’oc comme fin en soi, ainsi que par rapport aux recherches philologiques qu’elle provoque comme telle ;
 


2. - Le culte et l’étude scientifique des traditions tels que les conçoit le folklore constituent des activités dignes d’intérêt, mais par nature distinctes de l’activité littéraire ;

3. - Les efforts visant à restituer à la pensée occitane son atmosphère d’unité, comme à normaliser et épurer tant les dialectes ou les graphies que les traditions populaires, trouveront en général l’appui et la confiance des écrivains de langue d’Oc ;

4. - Les cadres étroitement nationaux, régionaux, ethniques, se confirmant comme insuffisants à assurer le plein épanouissement spirituel des groupes humains et de leurs civilisations,
le nationalisme à base littéraire doit être déclaré révolu
la littérature de langue d’Oc devrait cependant trouver une source permanente d’inspiration dans une meilleure prise de conscience de l’héritage occitan ;

5. - Tenant compte, d’autre part, de l’appartenance politique, administrative, économique, sentimentale, des populations de langue d’Oc à un ensemble national complexe,
et reconnaissant comme un fait d’évidence l’épanouissement de la littérature occitane à la période actuelle, en dépit d’une concentration accrue des activités nationales, les écrivains d’Oc renoncent, en tant qu’écrivains, à toutes revendications économiques ou politiques, qui ne tiennent pas compte des intérêts plus généraux que ceux de leur pays ;

6. - Étant bien précisé que les libertés actuelles de la littérature en langue d’Oc doivent être défendues et élargies par le pouvoir central comme part intégrante du patrimoine national, au même titre que toutes manifestations de la civilisation occitane ;
 
7. - Le régionalisme esthète ne correspond plus ni à l’interdépendance culturelle des pays de langue d’Oc, ni à la ruine aujourd’hui consacrée des mythes littéraires du Verbe et de la Beauté,
le formalisme académique constitue en général une atteinte aux traditions de la langue d’Oc ;
 
8. - En revanche, par une interrogation constante des littératures françaises et étrangères, sans distinction de siècle ni de situation, et par l’interprétation des créations littéraires d’avant-garde,
les écrivains d’Oc espèrent trouver en toutes circonstances une solution au renouveau de leurs traditions et un mode d’expression de valeur universelle ;
 
9. - Les écrivains d’Oc se déclarent, en outre, des plus sensibles, dans leur coeur et dans leurs oeuvres, aux manifestations de tout groupe humain qui trouve dans sa conscience populaire une originalité d’ordre spirituel. Soucieux avant tout du réalisme nécessaire au développement de leur littérature, les écrivains de langue d’Oc estiment que ce développement repose uniquement sur une contribution utile à tout le mouvement littéraire moderne."

Félix CASTAN
Bernard MANCIET
À Nérac, le 15 novembre 1956