Une lettre qui n'a jamais eu de réponse...

 

René Merle
agrégé d’histoire
docteur ès lettres

Toulon, le 3 novembre 2003
Monsieur le Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Monsieur le Président,

J’ai lu avec consternation la motion que vous avez soumise au Conseil Régional, et qui reflète les positions bien connues d’un petit lobby de provençalistes pour lesquels le refus d’appréhender les parlers de notre Région en variétés du grand ensemble de la langue d’Oc, loin de servir les intérêts du provençal et du niçois (curieusement le dauphinois des Hautes-Alpes est oublié dans votre motion), visent à un repliement identitaire stérilisant.
Je parle, j’écris le provençal, j’étudie son histoire (cf. ma thèse sur L’écriture du provençal, 1775-1840, Béziers, 1990), mais en aucune façon je ne saurais le séparer, pas plus que le niçois, du grand ensemble des parlers d’Oc, que F.Mistral a présentés dans son Trésor dóu Felibrige, ou Dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d’Oc moderne.
À quelques mois des élections régionales, vous avez peut-être pensé qu’il n’était pas inutile de satisfaire aux demandes insistantes de ce petit groupe, ignorant des réalités historiques et linguistiques. Je doute que vous en retiriez grand bénéfice électoral.
Le problème linguistique n’est pas un enjeu qui mobilise les électeurs. Tout au plus la plupart d’entre eux seront-ils sensibles à la reconnaissance du provençal et du niçois, tout comme ils l’auraient été si vous aviez situé ces deux parlers, à la fois dans leurs spécificités et dans le champ de la langue d’Oc.
C’est donc bien de la satisfaction d’un groupe de pression qu’il s’est agi. Or, à l’évidence, la plupart des provençalistes dont vous adoptez les thèses ont déjà choisi un autre camp politique que le vôtre, en Vaucluse particulièrement, et hélas, bien souvent la défense de « la langue provençale » couvre xénophobie et conservatisme extrême.
Par contre, vous vous aliénez la sympathie de provençalistes et d’occitanistes, grandement engagés par ailleurs, aux plans associatifs et politiques, dans le soutien aux différentes formations de gauche. Ainsi, alors que l’élection régionale se jouera à peu de voix, avez-vous pris le risque de pousser à la non-mobilisation, voire à l’abstention de nombreux défenseurs de la langue d’Oc, vivante chez nous sous ses formes provençales (maritime, centrale et rhodanienne), dauphinoise-alpine, et niçoise.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération respectueuse.

René Merle