Poursuivons (sept. 2013) sur l'actualité occitaniste, au risque de fatiguer les lecteurs peu sensibilisés à ce thème, et de décevoir les lecteurs plus impliqués que je ne le suis dans le militantisme culturel occitan...

En novembre 2012, la ministre de la Culture a annoncé la mise en œuvre du processus conduisant à la ratification de la Charte Européenne des Langues régionales ou minoritaires (charte adoptée par le Parlement européen en 1992).

Quelques lecteurs m'ont demandé mon point de vue à ce sujet, et déjà sur la formulation à utiliser dans cette reconnaissance : "langue d'Oc" ou, au regard de la polyphonie dialectale méridionale : "langues d'Oc" ? 

La carte ci-dessus précise le domaines de ces différentes zones dialectales entre lesquelles existe une intercompréhension, que renforcent les efforts de normalisation graphique des militants de la langue.

Je ne vais donc pas entrer ici dans le débat langue d'Oc / langues d'oc, sur lequel j'ai déjà abondamment écrit : ce blog en témoigne.

Mais la question qui m'a été le plus souvent posée est tout autre : il s'agit, me demandent ces lecteurs, locuteurs occitans ou francophones exclusifs pur sucre, de ma position d'occitaniste par rapport à l'éventuelle signature de cette Charte. 

Je ferai remarquer tout d'abord qu'en l'occurrence, occitaniste ou pas, il est impossible de séparer le cas de telle ou telle langue parlée dans l'hexagone et outre mer. On ne peut signer la Charte par exemple pour le breton ou le corse, et pas pour le francique et l'occitan, voire le francoprovençal et le picard. La signature implique un engagement global, même si les réalités vécues de ces langues sont fort différentes.

On se souvient peut-être que Lionel Jospin avait en 2002 entrepris la même démarche de reconnaissance de la Charte, démarche sévèrement descendue en flammes par le Conseil Constitutionel. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement cette fois encore, sauf modification, bien improbable, de la Constitution.

En effet, la Charte lie la défense de ces langues à la reconnaissance de communautés minoritaires, historiques et homogènes, minorités linguistiques telles qu'en connaissent nombre de pays européens, particulièrement à l'Est. Or la République française fonde l'égalité en droits de tous ses citoyens, et ne reconnaît pas l'existence de communautés à même de jouir de droits spécifiques.

En ce qui concerne la langue d'Oc, ou langue occitane, qui fut parlée sur un vaste espace du territoire français, et s'y accroche, il me paraît de toute façon abusif et historiquement faux de parler de "communauté" linguistique, voire nationalitaire, réclamant ses droits à l'État français.

L'unité linguistique d'oc est un fait pour la plupart des linguistes. L'intercompréhension dialectale a été jadis une évidence pour les Compagnons du Tour de France ou pour les soldats des tranchées de 14-18. Pour autant, ces évidences n'ont jamais soutenu à l'époque moderne un sentiment communautaire global, et encore moins une revendication nationalitaire occitane.

Mais aujourd'hui la conscience d'une unité linguistique et culturelle occitane est à l'évidence un processus en cours de maturation : il me semble qu'il n'a rien à gagner à une reconstruction artificielle d'histoire, cartes à l'appui.

Quant aux revendications provincialistes, qui se réclament d'une "communauté" provençale, auvergnate ou gasconne par exemple, elles sont souvent l'exemple même de la fermeture culturelle, et parfois ethniciste, sur un espace linguistique clos, artificiellement purgé de ses bouleversements démographiques et économiques actuels.

Par contre, me semble-t-il, et c'est sans doute l'avis de beaucoup, c'est en tant que citoyens français, et non en tant que membres d'une communauté ou d'une minorité linguistique, que les défenseurs de la langue d'Oc peuvent, doivent demander à l'État français de défendre et promouvoir ce pan de la réalité du patrimoine national, par exemple avec une loi-cadre, et ce dans l'intérêt même de la richesse culturelle de notre pays.  

Ceci dit, aussi indispensable que soit cette loi, il faut bien mesurer que sans un véritable support social réel, extérieur à l'école, l'apprentissage (facultatif) de l'occitan par quelques milliers, ou dizaines de milliers d'enfants, risquerait fort d'être stérile. L'enseignement, facultatif, en concurrence avec d'autres langues jugées plus prestigieuses et surtout plus utiles, ne peut à lui seul sortir la langue occitane de sa marginalisation. Et c'est bien pourquoi des initiatives multiformes essaient tenacement de la faire connaître, voire de la faire vivre, dans la fameuse "société civile".