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F.E.L.C.O. : Fédération des enseignants de langue et de culture d'Oc

 

Pensionné (comme on dit) depuis maintenant 14 ans, je suis cependant toujours avec grand intérêt l’action pédagogique de la F.E.L.C.O.

Je me permets donc de vous faire parvenir cette lettre que je rédige en français, car je souhaite la faire connaître aussi à des amis qui ne partagent pas mes choix graphiques dans l’écriture de notre langue, et la faire connaître aussi à des amis qui souvent me posent des questions à propos d’une situation provençale qu’ils ne comprennent pas.

Quand j’ai commencé à enseigner notre langue en lycée, dans les années 70 du siècle passé, l’appellation officielle que lui donnait le Rectorat était celle de « provençal ». Cette appellation ne me gênait en rien : elle correspondait au senti populaire le plus répandu, et à une tradition historique ancestrale. Dans les cours publics qu’il m’a été alors également possible d’assurer, je ne pouvais que le constater. C’est à partir de l’appellation de « provençal », et à partir de la réalité du provençal maritime de ma ville et de ma région, que je devais travailler.

Mais comme, et je n’étais pas le seul, j’initiais les élèves aux différentes graphies du provençal, y compris bien sûr la graphie classique, comme je m’efforçais de leur faire connaître la parenté avec les autres grands dialectes de ce que Mistral nomme dans le titre de son Trésor dóu Felibrige « la langue d’Oc moderne », comme par ailleurs je militais activement à l’Institut d’Estudis Occitans, je fus sommé par l’administration, qu’un groupe actif de provençalistes avait alertée, de m’en tenir à l’enseignement du provençal, dans ses formes mistraliennes et à partir d’un choix de textes impératifs.

Je vous passe les détails de ces années pénibles : le conflit se dénouera progressivement, et heureusement, à partir de 1981.

D’un côté parce que nous avions fait appel à la conscience démocratique : dans quelle autre matière aurait-on admis que l’administration, et une association, régentent le contenu d’un enseignement linguistique, historique et littéraire ? D’un autre côté, parce que, dans les contacts personnels établis sans sectarisme, nombre de ceux qui, de bonne foi, pensaient qu’en enseignant la graphie classique nous remplacions le provençal par un dialecte artificiel, ou par le languedocien, avaient pu constater que nous parlions, et défendions, le même provençal qu’eux. Seule une minorité aveuglée ou haineuse, véritable lobby de l’anti-occitanisme, continue à dénoncer « l’invasion languedocienne » ou à sa gausser finement, comme tel universitaire, des « oxytons »…

À côté de l’appellation de « provençal », l’appellation de « langue d’Oc » est alors devenue consensuelle. Elle n’est en rien réductrice. Elle témoigne de l’appartenance du provençal à un vaste ensemble de parlers d’Oc. C’est l’appellation que le Président de notre Région P.A.C.A a utilisée dans son salut aux Estivadas de Rodez. Elle laisse toute liberté aux locuteurs et aux enseignants dans leurs choix graphiques.

Elle ne gêne en rien le militant culturel occitaniste que j’ai été, ( mon site peut en témoigner). Je n’ai jamais eu honte de me proclamer occitaniste. Et j’ai toujours fondé mon occitanisme sur la conviction d’une profonde unité entre les différents parlers de la langue d’Oc.

Aujourd’hui, cette appellation de « langue d’Oc » n’apparaît pas satisfaisante à un groupe d’occitanistes de Provence : dans le meilleur des cas (selon eux), ils voudraient la remplacer par l’appellation de « langue occitane », ou d’ « occitan ». À la rigueur, ils accepteraient du bout des lèvres un compromis : «  occitan – langue d’Oc ».

La querelle serait à la limite comique si elle ne révélait la distorsion entre ce groupe de passionnés, enclos dans leurs convictions et leurs rancunes, et la réalité de la conscience linguistique en Provence. Proclamer le mot « occitan », vouloir l’imposer au nom de je ne sais quelle légitimité historique, ne peut en définitive que desservir la cause qu’ils croient faire avancer.

Je ne me permets cette intervention que parce que, à 74 ans bien sonnés, je demeure attaché à l’avenir de cette langue que j’ai toujours essayé de défendre et d’illustrer.

Je ne doute pas que la F.E.L.C.O en sera d’accord.

 

René Merle