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C’est qu’en l’occurrence il s’agit d’une expérience théâtrale chère à mon cœur, et dont je ne saurais jamais assez gratifier André Neyton et ses comédiens, « Poupre & Cie », créée à Toulon en 1976. (n trouvera sur ce site nombre d’articles relatifs à cette création,). Je viens de lire sur l’indispensable site « Les Archives du Spectacle » http://www.lesarchivesduspectacle.net/

Pourpre et Compagnie de René Merle Création le 14 février 1976 : Théâtre de la Porte d’Italie (Toulon) Mise en scène André Neyton Scénographie Michel Privat, Gérard Moschini Costumes Magali Bizot Musique Joël Meffre

Avec Magali Bizot André Neyton Josyane Ferrié Bernard Gassin Roger Mounin

Production Centre Dramatique Occitan

Dates Partenaires de création 1975-1976 Théâtre de la Porte d’Italie (Toulon) à partir du 14/02/1976 1976-1977 Théâtre de Nice (Nice) à partir du 25/03/1977

Vous me direz (ou vous ne me direz pas) que 1976, c’est plutôt loin. Et que rectifier la référence en redonnant le titre exact, « Poupre » et non « Pourpre », n’a plus guère d’importance aujourd’hui... Qui s’en soucierait, à part quelque étudiant/e germanique et romaniste en quête d’une thèse sur l’occitanisme (leurs visites sont fréquentes). D’ailleurs, comment en vouloir aux Archives du spectacle d’ignorer le titre exact, puisque la quasi totalité des références, y compris les plus officielles occitanistes, rectifient, en bonne conscience, « Poupre » en « Pourpre ». Quelques-unes cependant, plus près de la réalité, après un regard sur l’affiche, rectifient « Poupre » en « Poulpe ». Bingo ! « Poupre » était l’appellation populaire du poulpe dans le parler provençal maritime, puis dans le français populaire de mon petit pays... Parler populaire, bien entendu pittoresque, mais plutôt inintelligible en dehors de ces quelques localités aujourd’hui submergées par la vague touristique. Je dis bien « était », puisque, quelque trente-trois ans après la création de la pièce, je me demande (hors toute lamentation sur l’usure des parlers populaires) qui, dans les nouvelles générations, utilise encore ce mot... Mais en fait, le problème, si problème il y a, n’est vraiment pas là... Le problème est celui de la remémoration. Il y a trente-trois ans, dans l’agglomération toulonnaise, des salles pleines et vivantes, sur des thèmes qui ne fonctionneraient plus, ou fonctionneraient autrement aujourd’hui. Comment analyser, sans lamentations inutiles, ces mutations sociologiques et culturelles ? Comment faire profiter le présent de ces expériences du passé ? Comment restituer cette dialectique entre l’enracinement local et l’ouverture la plus générale ? (dialectique à laquelle, dans le petit monde occitaniste, Félix Castan semble avoir été le seul sensible.

Et pour ce faire, comment constituer un répertoire à partir de ce qui fut expérience « interactive », comme on dirait aujourd’hui ? Comment restituer, comme transmettre cette magie du théâtre vivant, en prise avec un public largement populaire ? Le texte y faillirait, sans les acteurs, sans la musique, sans la connivence des réactions de la salle... Le visionnage de la bande enregistrée y suffirait-il ? J’en doute. Ce qui n’empêche pas de la sauvegarder, comme il conviendrait de sauvegarder tout ce qui peut demeurer de tout ce théâtre d’intervention occitaniste des années 1970.

René Merle