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René Merle - Les Varois, la presse varoise et le provençal, 1859-1910, La Seyne, S.E.H.T.D. 1996, 412 p. Un entretien de Var Matin avec l’auteur - Comptes-rendus : Prouvenço aro, P.Gardy, J.M.Guillon, R.Huard

 

 

Var Matin, 2 juillet 1996

La société d’études historiques du texte dialectal (S.E.H.T.D) vient de publier un important ouvrage de René Merle (qu’on ne présente plus) consacré aux Varois, à la Presse départementale et au provençal durant la période 1859/1910. Brève interview de cet auteur fécond dont les précédents ouvrages sur l’occitan et le provençal constituent aujourd’hui des références.

Var Matin - À quoi correspond historiquement cette période 1859 - 1910 ?

René Merle - Elle part de la naissance du Var dans ses limites actuelles et va en somme jusqu’à la veille de la guerre de 14-18. J’ai cherché à établir dans cette étude comment les Varois ont vécu la cohabitation au début assez étroite entre le provençal et le français, puis la domination progressive de la seconde langue sur la première. Il m’a paru aussi intéressant d’observer comment la presse locale a recouru au provençal, langue essentiellement orale, dans le contexte de l’époque, marqué par les péripéties politiques et sociales ayant agité l’Empire puis la Troisième République. Enfin, j’ai voulu cerner les rapports que les Varois et leurs journaux entretinrent avec les courants culturels provençalistes et particulièrement avec le Félibrige.

Var Matin - N’est-ce pas un livre pour spécialistes ?

René Merle - Dans une certaine mesure, oui, mais je pense que tout lecteur curieux des questions touchant au provençal pourra sans difficulté s’intéresser à cette étude. Il ne s’agit pas d’une thèse dont le décryptage exigerait de profondes connaissances. On peut entrer de plain-pied dans le texte. L’ouvrage contient de nombreux, extraits de journaux varois qu’on ne pouvait jusqu’ici consulter qu’aux archives municipales, départementales ou nationales. Certains lecteurs apprécieront aussi de trouver en fin de volume un index alphabétique des auteurs cités dont les noms s’accompagnent de quelques indications biographiques.

Var Matin - Pourquoi limiter cette étude au Var et ne pas l’avoir étendue à l’ensemble de la Provence ?

René Merle - L’étude globale, couvrant non seulement la Provence, mais même toute l’Occitanie, soit de Bordeaux à Nice, reste à faire. Comme je l’écris dans l’introduction, le cadre départemental suffit amplement à occuper un seul homme, Par ailleurs, le Var, département alors qualifié de rouge, a tenu une place originale et importante, singulièrement au cours de la période 1870-1907, marquée par des affrontements politiques et sociaux majeurs, en particulier la crise viticole. Notre département constitue à lui seul une entité du grand ensemble provençalo-occitan, ce qui justifie qu’on puisse en traiter à part.

Var Matin - Votre étude se base essentiellement sur la presse locale ?

René Merle - Sur l’ensemble des publications varoises de l’époque, pas seulement les journaux, Les articles et textes parus alors émanent d’un grand nombre de communes et offrent donc une grande diversité. Ces documents rares, et pour la plupart inconnus, me paraissent fournir une riche matière linguistique et historique.

Recueilli par B. O.

 

Compte-rendu de Prouvènço aro, n° 108, 1997

“Renat merle, proufessour, cercaire e istourian, es ana enquista aqueste cop dins la prèsso vareso de 1859 à 1910 pèr ié desvousca i piado manuscrito de la lengo prouvençalo.

Dóu segound Empèri à la guerro de 14, dins lou Var coumo d’en pertout, lou prouvençau es desfendu e ilustra pèr d’autour, de pouèto, de saberut. Mai quento plaço a vertadieramen la lengo poupulàri dins la vido publico, de que fugueron sis estatut, sa resulto culturalo, soucialo e poulitico ? Emai coumo li Varès que militavon dins uno assouciassioun reneissentisto poudien counsidera sa lengo journadiero au travès de la prèsso ? Es à-n-aquéli questioun que respond l’estùdi e Renat Merle.

Coumo lou dis, a assaja de baia un sens à-n-aquelo amoulounado de detai e de recoupamen.

De mai, l’autour nous baio à legi uno moulounado de tèste ue se sènton lou rebat de la paraulo poupulàri, valèt-à-dire l’estat de la lengo que se praticavo, entre-mesclado de francisme. Li tèste soun ourtougrafia dóu biais de soun autour, sènso gaire de nourmo. Es de bon la realita d’uno lengo à-n-uno epoco. Lou libre, dis Felipe Gardy, se legis à la fes coume un libre d’istòri, loucalo e naciounalo, pèr chapitre cuerbènt dous, res, e de cop cinq annado, e coume un recuei de doucumen : chasque chapitre es ilustra de làrguis escapouloun de tèste prouvençau reculi e coumenta. “Rigoureux, riche d’une matière inédite qui étonne par sa diversité et son intérêt, ce voyage à travers la presse varoise donne beaucoup à découvrir, à réfléchir et à mieux comprendre”.

A guiso de counclusioun, Renat Merle coumparo emé judice lou Felibrige roudanen mitifiant que pretendié parla au noum dóu pople e lou Felibrige varés enrcina, éu, dins la meso en representacioun bon-ome e reüssido de la paraulo famihiero, di vilo e di champ, e que fuguè jamai un Felibrige “dei Moussu”.

Basto, dins tout, la lengo perduro maugrat sa fin tant de cop anounciado. “La langue “morte pas tant morte” continue aujourd’hui à faire partie de notre quotidien et de notre imaginaire”.

Aquéu viage dins lou passat baiara fisanço dins l’aveni. A legi lèu-lèu per aprene e coumprene.

P.A ”

 

Compte-rendu de Philippe Gardy, Lengas revue de sociolinguistique

Ce nouvel ouvrage de René Merle - auteur, entre autre, d’une monumentale description et analyse de L’écriture du provençal de 1775 à 1840 (publiée en 1990) - est, comme les précédents, tout à fait passionnant. Selon son habitude, l’auteur, historien de métier et grand connaisseur de la culture provençale, y défriche, un terrain jusque-là méconnu et nous en montre chemin faisant, avec précision et acuité, l’intérêt toujours bien vivant.

René Merle avait déjà inventorié en 1986 le Texte provençal de la région toulonnaise au XIX siècle. Il poursuit aujourd’hui cet inventaire, mais en prenant cette fois comme terrain privilégié la presse, sur une cinquantaine d’années, dans tout le département du Var. Loin de la littérature, en effet, dont on sait l’usage parfois abondant qu’elle a pu faire du provençal entre le Second Empire et la guerre de 1914 (l’époque de la gloire de Mistral), nous découvrons d’autres usages, tout aussi abondants, mais plus modestes, du provençal, dans les journaux de l’époque. Tous les journaux, ou presque tous : la quête de René Merle l’a conduit à la découverte d’une véritable mine d’écrits de toutes sortes, au fil des grands ou des petits événements qui rythment la vie quotidienne.

Le livre, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, se lit à la fois comme un livre d’histoire, locale et nationale, par chapitres couvrant chacun deux, trois ou parfois cinq années, et comme un recueil de documents : chaque chapitre est illustré de larges extraits des textes provençaux recueillis et commentés. Car René Merle ne s’est pas contenté de reproduire ces textes, ce qui serait déjà très précieux si l’on songe à la difficulté qu’il y a aujourd’hui à les consulter : il a toujours pris soin de les mettre en situation, de les rapporter aux circonstances politiques et sociales, et d’en préciser avec soin le contexte, On gagne ainsi beaucoup en compréhension de toute une époque de la vie varoise, et l’on accède en même temps à un continent largement insoupçonné d’écriture provençale, en prise directe sur le vécu. On découvre aussi des auteurs, nombreux, variés, souvent modestes, mais toujours attachants : un index final en donne la liste, impressionnante, accompagnée de quelques éléments biographiques, permettant de mieux les situer.

Rigoureux, riche d’une matière inédite qui étonne par sa diversité et son intérêt, ce voyage à travers la presse varoise de la deuxième moitié du XIXe siècle donne beaucoup à découvrir, à réfléchir et à mieux comprendre. Et l’on songe à ce que des recherches similaires, menées dans d’autres départements provençaux ou méridionaux, pourraient apporter concernant les usages écrits "quotidiens" de la langue d’oc à la même époque.

Philippe GARDY

 

Compte-rendu de Jean-Marie Guillon, Provence historique - Fascicule 188 - 1997

Le titre est sans artifice, la couverture sobre, la typographie serrée, l’économie générale de l’ouvrage peut déconcerter et l’absence d’index gênera à coup sûr. Les césures chronologiques seraient à mieux justifier. Mais il ne faudrait pas se laisser prendre à une éventuelle impression de travail étroitement érudit ou formellement imparfait. L’œuvre est artisanale par bien des côtés, elle en a les limites sur le plan technique, mais aussi les qualités. Artisanale par la facture (encore qu’elle ait été écrite et corrigée avec un soin que l’on ne retrouve pas toujours dans l’édition professionnelle, surtout régionale), elle l’est aussi par le projet, la modestie des objectifs en regard du travail documentaire réalisé, l’honnêteté qui fait refuser les habillages artificiels. On est donc aussi loin des habituelles compilations régionalistes ou localistes, naïves et approximatives, que de travaux moins fantaisistes, mais où la sophistication des problématiques et du vocabulaire tend à masquer la minceur de la recherche et la faiblesse du dépouillement des sources.

Le corpus ici rassemblé est unique, exceptionnel. Il est ce que seul peut apporter un chercheur obstiné, qui prend le temps le nécessaire pour rassembler une matière neuve.

René Merle a d’abord travaillé pour les autres en rassemblant des dizaines de textes provençaux glanés dans la presse, y compris quotidienne, négligeant volontairement ce qu’il était facile de trouver pour ne s’occuper que du rare, de l’inédit, du mal conservé. Il a tout lu de cette presse locale dont on connaît l’exceptionnelle richesse pour la deuxième moitié du XIXe siècle, mais dont on sait aussi l’état souvent pitoyable de conservation et les inconcevables lacunes des collections régionales (profitons-en pour dire une fois de plus qu’il est inadmissible qu’aucun effort de microfilmage systématique n’ait été entrepris pour en combler les lacunes et en sauvegarder le support papier).

René Merle, ayant repéré tout ce qu’il était possible, reproduit en un peu plus de cent pages serrées ces petits textes qui abordent en provençal et dans des graphies plus ou moins bricolées les sujets les plus divers, légers ou graves, qui adoptent les formes les plus variées, qui constituent donc une mine de renseignements pour les historiens de la société, du religieux, du politique, de la langue et de ses expressions littéraires. Même s’il ne se limitait qu’à ça, on conviendra que cet ouvrage aurait déjà un intérêt considérable.

Ce corpus confirme que René Merle est sans doute le meilleur connaisseur de la production provençale d’avant 1914 jusque dans ses aspects les plus ordinaires. Rappelons qu’il a déjà publié un Inventaire du texte provençal de la région toulonnaise de la pré-Révolution à la Seconde République, (La Seyne, 1986) et a soutenu une thèse sur L’écriture du provençal 1775-1840, elle même sous-titrée Inventaire du texte occitan publié ou manuscrit dans la zone culturelle provençale et ses franges (Béziers, CIDO, 1990).

Ce collaborateur de Provence historique, auteur de nombreux articles savants ou destinés au grand public, fait partie de ces militants de la langue qui savent prendre du recul par rapport à leur engagement et qui ne séparent pas son étude de celle de ses aspects sociaux. Il sait que la conscience linguistique change selon les hommes, les générations, leurs peines, leurs illusions, leur vie. Il ne méconnaît pas les aspects politiques d’une culture, même s’il s’intéresse d’abord aux aspects culturels de la politique telle qu’elle s’exprime. Ce sont ces qualités qui lui permettent de présenter de façon minutieuse l’évolution de l’usage écrit de la langue tout au long des neuf périodes qu’il découpe entre 1859 et 1910. Il se sert de sa connaissance intime du milieu pour introduire chacune d’elles et éclairer les textes qu’il reproduit ensuite. Il fait donc défiler les éléments d’une histoire de la presse locale, varoise et marseillaise, d’expression française ou provençale, il brosse un tableau de la vie culturelle en particulier à Toulon, mais aussi dans les autres lieux de production de l’écrit (Draguignan, Brignoles), il décrit quelques-unes des péripéties politiques de cette ardente Troisième République, il évoque la naissance d’associations, parfois marquantes dans le paysage local ("Les excursionnistes toulonnais" ou L’Escolo de la Targo), il fait défiler des dizaines d’écrivains, connus (Sénès, Pelabon, Henseling) ou méconnus, oubliés pour la plupart, tout ceci en suivant le fil de l’usage du provençal, de son évolution à rebondissements, de son instrumentalisation éventuelle ou de sa mise en scène sentimentale, voire de sa réinvention, mi-réussie, mi-ratée, à l’extrême fin du siècle, de toute façon limitée par la conscience profonde qu’il y a d’un cheminement du progrès et la certitude partagée par presque tous qu’il ne passe pas par cet usage-là. L’attachement est donc sentimental, à gauche comme à droite. Hommes du peuple, chansonniers ou faiseurs de saynettes, ou notables rimailleurs ou prosateurs, auteurs de discours ou de sermons, la petite élite qui tient la plume et le pouvoir est sans illusion. Même la droite cléricale ne s’arc-boute pas vraiment de la plume et de la voix pour défendre une langue qui sent trop sa "populace" ; quant à la gauche en général, le provençal lui apparaît finalement comme trop vulgaire pour servir la dignité républicaine ou trop susceptible de sarcasmes pour porter la revendication sociale. Son usage ne servira pas davantage la revendication autonomiste, même à l’occasion des manifestations de 1907, importantes dans le Var et remarquablement décrites. Le diagnostic est sans appel : "le provençal des pancartes de 1907 était un indicateur apolitique de l’exaspération populaire" et, de toute façon même à ce niveau d’expression-là, la dominante est française. La dénonciation d’un pouvoir central lointain et méprisant (ou ressenti comme tel, bien qu’il s’agisse ou parce qu’il s’agit de Clemenceau, sénateur du Var), c’est en français qu’elle s’exprime aussi lorsque le maire socialiste de Toulon, Ferrero, s’insurge contre les récents stéréotypes du Midi, un Midi désormais "peuplé d’êtres terriblement comiques" et qui aligne “le soleil, les cigales, le tu-tu-panpan, Tartarin et Numa Roumestan” ...

On appréciera la façon dont, textes et références à l’appui, l’ouvrage évoque l’implantation malaisée du félibrige dans le Var. Alors que les provençalistes locaux, comme les Marseillais, ont peine à se retrouver dans cette construction-là, c’est paradoxalement (ou significativement) par les stations touristiques, Saint-Raphaël et Hyères, que l’engouement félibréen s’acclimate au milieu des années 80 et finit par réunir les notables de tous bords, avant de devenir le point d’ancrage du sentiment identitaire local lorsque, à l’extrême fin du siècle, le provençal connaît une nouvelle phase de socialisation. Dans cette adaptation, la revue dracénoise Lou Franc-Prouvençau devenu l’organe local du félibrige, joue le rôle de pivot. Elle en montre aussi les limites puisque cette adoption ne signifie pas ralliement aux normes graphiques, mais plutôt rattachement à un courant qui exprime finalement le nous régional, sans remettre en cause la hiérarchie acceptée des langues. Le félibrige varois, qui n’est pas celui "dei Moussus", ne mythifie pas le peuple, mais préfère “s’enraciner dans une représentation bonhomme et réussie de la parole familière, des villes et des champs”. On se sent donc aussi bien aux côtés des félibres parce qu’ils parlent au cœur qu’avec Jean Aicard parce, dans son choix du français, c’est à la raison qu’il s’adresse. De toute façon, “l’idéal de bilinguisme était en 1914 très largement réalité” (Maurice Agulhon), chacun s’exprimant dans les deux langues selon les répartitions classiques des usages en matière de diglossie entre le privé et le public. Le "Var rouge" apparaît de façon inattendue comme étant aussi l’une des terres de renaissantisme provençal, mais une terre paradoxale où l’on est persuadé que la langue est condamnée, d’où le problème qui se posera après, lorsque se sera produit le hiatus annoncé dans la transmission.

Chacun, passionné de la langue ou curieux d’en saisir les usages, qu’il s’intéresse aux faits de culture ou aux choses de la politique, à la vie ordinaire ou aux idées, trouvera son bonheur dans l’ouvrage de René Merle. Pour les historiens, il a, de plus, l’insigne mérite de leur rappeler ce que trop souvent ils négligent en histoire récente, à savoir que la langue c’est aussi un problème d’histoire, que l’on ne peut pas faire de l’histoire sans se demander comment les gens s’expriment et sans comprendre les mots qu’ils utilisent. Toute langue ou tout parler est bien autre chose qu’un outil, des signes alignés, ce sont des concepts, une représentation du monde, une façon de penser, une façon d’être et une façon d’agir, un univers à décrypter pour comprendre.

Jean-Marie GUILLON

 

Compte-rendu de Raymond Huard, Revue d’Histoire du XIXe siècle, 14, janvier 1997

Les Varois, la presse varoise et le provençal 1859-1910 :

 

Depuis de nombreuses années, René Merle explore avec une infinie patience le domaine des textes occitans et plus particulièrement provençaux. Cela nous a valu quelques belles redécouvertes. L’apport du présent volume est particulièrement original. En effet, l’auteur s’est proposé de faire un inventaire complet de tout ce qui a été publié en provençal dans la presse varoise entre 1859 (date de la publication de Mireille) et 1910. On mesure l’ampleur de la tâche puisqu’il a fallu consulter cinquante ans de parution de dizaines de journaux, de nombreuses brochures, et individualiser ainsi plus de deux cents auteurs. Manie d’érudit, pourrait-on objecter. À quoi sert -il d’exhumer des œuvres ou œuvrettes dont la plupart ne méritent assurément pas de passer à la postérité. L’objectif pourtant est beaucoup plus fondamental : il s’agit de percevoir exactement et non plus intuitivement la place du provençal dans la presse pendant ces cinquante années : quelle importance quantitative avec quelles fluctuations, quelles différenciations, selon les forces politiques par exemple, quels usages du provençal, lettré, familier, burlesque, politique etc. ?. Pour neuf tranches chronologiques, R. Merle nous donne d’une part, un chapitre présentant les différents usages du provençal dans la presse, et en parallèle, les principaux textes eux - mêmes. Un plan peut-être trop exclusivement chronologique, rend la lecture un peu décousue. Néanmoins ce recueil est une véritable mine d’or qu’on ne pourra se passer de consulter dès lors qu’on travaille sur le Var et plus généralement sur la Provence dans la seconde moitié du XIXème siècle. Un index des auteurs, donnant des renseignements sommaires est également fourni, Et dans le texte lui-même, on trouvera maintes indications sur les journaux varois.

L’auteur s’intéresse avant tout à la langue dont l’avenir fait d’ailleurs l’objet à l’époque d’interrogations obsessionnelles. Dans une conclusion très prudente, il reconnaît qu’ à l’évidence, la réalité linguistique, la conscience que les différentes générations et les différents milieux sociaux en ont, est difficile à cerner avec précision. Grâce à son apport, quelques idées reçues s’écroulent. Le provençal n’est pas seulement le fait du peuple, ni réservé au domaine burlesque ou familier. À vrai dire, on le trouve dans tous les genres. Il affleure évidemment plus facilement dans le peuple où le provençal oral est plus répandu, tant dans l’usage quotidien que par la pratique de la chanson. Même si le provençal est utilisé avant tout dans les luttes locales, il sert aussi à l’occasion à dénoncer Carlo Mascle (mais oui, c’est Karl Marx !). Cependant les force politiques se réclamant du peuple n’ont jamais considéré la langue comme une arme pour celui-ci. La presse républicain et socialiste, sans négliger totalement le provençal ne s’en empare qu’en de brefs moments, par exemple lors du plébiscite de 1870. On ne saisit pas d’autre part d’évolution marquant dans le temps. On assiste plutôt à des fièvres provençalistes qui ne durent pas. L’historien se réjouira aussi de trouver dans ce livre de précieuses indications sur tel auteur (Charles Poncy, l’ami de G.Sand, bien assagi sous le Second Empire) ou encore sur la réception de l’œuvre de V.Gelu, la référence fondamentale surtout en début de période, ains que de fines remarques sur la propagation du félibrige, la résistance des Varois à la graphie mistralienne et l’essor d’un félibrige proprement varois après 1870. De même, de très bonnes pages sur 1907 montrent que l’unanimisme méridional et la conscience méridionale ne débouchent pas sur une poussée du provençal, sauf peut-être sur les pancartes ! Enfin la coexistence dans le Var non pas seulement de deux, mais de trois langues (car il y a aussi l’italien) complique encore la situation. Même si la minutie de l’auteur nous lasse un peu parfois, ce travail qui servira de socle à bien d’autres études, mérite d’être connu et apprécié.

Raymond HUARD